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Robert A. Heinlein, Étoiles, garde-à-vous

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White Square Robert A. Heinlein, Étoiles, garde-à-vous

Message par Invité le Ven 25 Jan - 23:48

Synopsis:


Après la grande guerre atomique de la fin du XXe siècle, le monde ne fut plus que chaos et désordre. Pour éliminer les hordes barbares qui s'étaient formées, les survivants durent remettre leur sort entre les mains de l'armée. Un siècle plus tard la civilisation, arrivée à l'âge des étoiles, reste dirigée par les militaires. Dans cet univers, Juan Rico s'engage le jour de ses dix-huit ans dans l'infanterie spatiale. Il ne sait pas quel sort terrible attend les fantassins qui, sur les mondes lointains, vont devoir affronter les armées arachnides…

Son auteur:

Auteur de32 romans, 59 nouvelles et 16 recueils, Robert Heinlein a reçu quatre fois le prix Hugo du meilleur roman et, à titre posthume, trois prix Retro Hugo. Il a également reçu le premier prix Nebula Grand Master pour l’ensemble de son oeuvre. Contemporain de Azimov et de Spargue Decamps, avec qui il a travaillé, il est un écrivain de science-fiction engagé qui fait partie des auteurs de l'âge d'or de la science-fiction. Il est considéré par les Américains comme le père de la science-fiction.

Ce livre a été catalogué militariste et fasciste. Personnellement, ce n'est pourtant pas l'impression que j'en ai eu à la lecture. Au contraire, le parti pris de l'auteur de centrer son histoire sur un simple fantassin (le narrateur par ailleurs) lui permet de bien faire apréhender au lecteur ce que peut ressentir un soldat au front. C'est pas vraiment une apologie de la guerre. C'est l'histoire d'un fantassin, véritable chaire à canon, qui s'est engagé dans la fougue de sa jeunesse pare qu'un professeur de civisme lui a bourré le crâne avec un baratin patriotique et qui espère juste, avant le saut, ne pas faire dans son froc et ne pas vomir tellement il a la trouille.

Voici une partie d'une critique que j'ai trouvée assez juste sur ce livre:

Finalement, beaucoup de bruit pour rien, ce roman est un roman poignant d'un soldat qui a souffert pendant une formation incroyablement dure avec le fameux sergent Zim, puis son arrivée dans l'horreur de la guerre, avec des ennemies Arachnides inhumains et sans pitié. C'est un roman sur la guerre, certes, mais pas pour la guerre.

Le deuxième degré que Verhoeven a placé cyniquement dans son film* retranscrit tout à fait l'esprit général du roman, mais de manière exacerbée.


Source: http://www.scifi-universe.com/critiques/5059-45-etoiles-garde-a-vous-.htm

De tous les livres de Heinlein que j'ai lu, j'ai trouvé que c'est celui qui a le moins mal vieilli, même en comparaison d'oeuvres plus modernes.


*Starship Troopers, vous l'aurez deviné!
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White Square Re: Robert A. Heinlein, Étoiles, garde-à-vous

Message par JMtimba le Sam 26 Jan - 17:55

Tu m'as bien tenté Tarentio, je note qu'il faut que je le lise!
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White Square Re: Robert A. Heinlein, Étoiles, garde-à-vous

Message par Albéric le Sam 6 Avr - 10:57

Un roman court bien écrit et bien construit, étonnamment moderne dans sa prose pour une oeuvre de 1959. Heinlein dépeint efficacement entraînement des recrues, spleen des combattants et relations qui les unissent.
Des innovations intéressantes comme les sauts en capsules (on retrouvera les mêmes dans moult néo space-op), les armures mobiles (on retrouvera les mêmes dans Mobile Suit Gundam de Yoshiyuki Tomino) où les manipulations génétiques avec les néochiens des unités CROC.
Mais au final très peu d’action passé l’introduction digne d’un film de guerre.

Toute l’histoire est contée du POV à la 1ère personne du jeune Johnnie Rico qui va passer du grade de trouffion à celui d’officier avec une naïveté tantôt touchante (vision du sexe opposé digne d’un préado puceau) tantôt consternante (c’est une machine à obéir qui gobe tout le bourrage de crâne qu’on lui fait ingurgiter)
L’histoire de Rico est proche de celle de Forrest Gump : un gars gentil qui rentre à fond dans le conservatisme.
Et au final cela ressemble plus à un essai qu’autre chose, car la guerre contres les Arachnides intervient tardivement dans le récit et on apprend peu de choses sur celui-ci alors qu’on est fort prolixe niveau discours politico-philosophiques auxquels le héros ne comprend pas grand-chose (ils sont destinés aux gentils enfants qui devaient lire le roman).
Nous sommes en pleine Guerre Froide, au sommet de la vague maccarthyste : les Arachnides sont des communistes déguisés que l’on a en horreur parce qu’on ne le comprend pas (doit-on les éradiquer à coup de têtes nucléaires ou doit-on négocier avec eux en bonnes et dues formes ?).

Roman d’apprentissage ou roman d’embrigadement ? Le débat est lancé !
Car Etoiles, gardes à vous ! a fait et fait encore polémique. A juste titre, n’ayons pas peur de le dire !
Entre le militarisme à tous les étages, l’anticommunisme primaire caricatural, l’apologie de la violence (châtiments corporel et peine de mort comme méthode scientifique de régulation des sociétés), la mise en avant de la virtus romaine et de l’agogé spartiate, Heinlein donne beaucoup d’eau au moulin de ses contradicteurs.


Tout commence par l’anéantissement d’une communauté alien, les Skinnies (Squelettes dans le roman, Décharnés dans l’anime) à coup de roquettes nucléaires, de lance-flammes, de gatlings et de grenades.
Leurs crimes ? Tarder à choisir le bon camp dans la guerre entre Humains et Arachnides.
Les populations du Vietnam, du Laos et le Cambodge subiront le même sort quelques années plus tard.
Qu’en pense le héros Juan Rico ? On a failli arriver en retard et on a perdu un homme.

Je résume le roman :
100 pages d’entraînement très explicites sur les vertus du marche ou crève.
50 pages d’opérations militaires très pudiques sur les horreurs de l’expérience combattante.
Les cauchemars récurrents que fait Rico après l’opération DDT sur Klendathu sont expédiés en 1 ligne.
100 pages de formation très explicites sur les immenses vertus du commandement.
50 pages d’opérations miliaires très discrètes sur les drames de la guerre totale.
L’anéantissement de la moitié de la Californie est traité en 1 ligne.
Alors qu’Howard dépeint dans Le Crâne Vivant (1929) les Syndromes de Stress Post Traumatique chez les combattants de la 1ère Guerre Mondiale (1914-1918), alors même qu’on s’intéresse aux traumatisé de la Guerre de Corée (1950-1953) avec le film Un crime dans la tête ou la série Les Envahisseurs… on passe ici sous silence les ravages de l’ultraviolence qui vont produire les générations perdues de la Guerre du Vietnam.
Pour une vaste réflexion morale et philosophique, on oublie le plus important : c’est quand même confusant !


Le roman est-il fascisant ?

Nébal a écrit:Du coup, si l’on tient à tout prix à chercher un modèle historique à ce système, on fait à mon sens fausse route en le cherchant du côté du IIIe Reich ; cette caractéristique centrale du soldat citoyen, ce corps électoral restreint à l’individu prêt à se sacrifier pour son groupe, m’ont bien davantage fait penser aux cités de la Grèce antique, une sorte de fusion entre la démocratie athénienne, malgré tout, et, de manière plus évidente, Sparte (dont la constitution vertueuse et le mode de vie rigoureux faisaient jadis l’admiration de nos révolutionnaires, rappelons-le : un Robespierre, un Saint-Just, étaient bien plus adeptes de Lycurgue que de Solon).

Spoiler:
Robespierre et Saint-Just qui ont établit la Terreur, précurseur des pires dictatures du XXe siècle avec son génocide vendéen, ses einzatgruppen révolutionnaires et ses exécutions en masse à la guillotine… qui elle-même a inspiré les bolchéviques en général et le Petit Père des Peuples Staline en particulier.
AMHA il y avait de meilleurs exemples à prendre pour défendre le roman d’Heinlein.

Henlein aurait pour pris pour modèle les démocratiques antiques.
(ne parlons pas de la République, « ce communisme de fourmilière » imaginé par Platon dixit Heinlein)
Si c’est pour prendre comme modèle Sparte, une cité à la limite du totalitarisme avec ses races inférieures réduites en esclavage, son Etat policier, son service militaire perpétuel justifié par son état de guerre permanent, et qui revendiquait l’égalitarisme tout en pratiquant le darwinisme social, l’inégalité et la ségrégation à grande échelle (qui vont anéantir le corps civique à néant en moins de 2 siècles !)
Quand aux autres cités grecques qui pour la défense de la cité associaient droit de vote et service militaire :
1) c’est pour responsabiliser les citoyens qui font devoir faire les guerres qu’ils décident
2) la citoyenneté reposait sur des devoirs/droits importants dans les domaines économiques, sociaux et culturels
3) en le dévoyant, on a justifié sans aucun remord le sexisme, la xénophobie et l’esclavagisme
Pourtant les plus grands défenseurs de la cité et la démocratie athénienne lors de l’occupation spartiate et de la tyrannie des 30 furent… les pauvres et les métèques !
Bref les faits sont têtus et envoient valser les belles idéologies moralisatrices issues des notables bien pensant.

D’après Poul Anderson, Heinlein aurait pour pris pour modèle la démocratie helvétique.
Je n’ai pas connaissance que la flagellation et la pendaison soient en vigueur dans le service militaire helvétique (Sombrecoeur confirmera), ou que la stratégie du tapis de bombes ait été souvent utilisé par les envahisseurs helvètes (Sombrecoeur confirmera aussi).
Bref ce genre de considérations bas du front, on les a abandonnées en France après avoir envoyé les conscrits faire leurs classes en Algérie pour leur apprendre à devenir des hommes en brutalisant des fellagha lors d’opérations de rétablissement de l’ordre, avec le succès et les conséquences que tout le monde connaît.
Les mêmes effets produisant les mêmes effets, les civils vietnamiens, irakiens et afghans se feront une joie de vous narrer les vertus de ce genre d’idéologie sur la jeunesse américaine qu’on envoie au casse-pipe.

Les rétrospectives sur la naissance et le développement de la Fédération nous rappelle la volonté les anciens combattants au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale d’établir ordre et prospérité : ce mouvement au départ bien intentionné nous a offert les chemises noirs, les chemises brunes et les Ligues genre les Croix-de-Feu du colonel de la Rocque qui préparèrent le terrain à Mussolini, Hitler et Pétain…
Si on ajoute les diatribes Travail, Famille, Patrice, et les piques contre les Droits de l’Homme qui semblent émaner d’un discours du Parti Communiste Chinois, pas facile de dédouaner le roman de crypto-fascisme !
Pour un peu on se croirait chez l’activiste d’extrême droite Frank Miller qui nous explique dans 300 et dans Sin City que pour lutter contre les ennemis externes et internes de la démocratie, il faut s’en remettre aux gens les plus bas du front possible pour régénérer les sociétés occidentales… Au secours !

« Le Lieutenant est un père pour tous, Jelly est une mère pour tous. »
Le Corps est le père, le Corps est la mère : c’est le devise d’un organisme totalitaire dans la série Babylon V
Mais au final le régime dépeint par Heinlein ressemble surtout au régime militaire méritocratique des Mamelouks égyptiens. Ce dernier a établit l’ordre, mais a aussi mal finit que les autres dictatures militaires.


Le roman est-il militariste ?

On sent une belle érudition en histoire militaire et qques passages sont obscurs pour nous autres lecteurs civils.
Bref on sent quand même un frustré qui voulait devenir militaire de carrière mais qui n’a pu réaliser son rêve.
La maladresse sinon la lourdeur de l’ensemble vient-il d’un mauvais dosage entre l’hommage et la critique ?

Le roman est dédié « à tous les adjudants de tous les temps qui ont oeuvré pour faire de jeunes garçons des hommes », mais ce bel hommage est suivi de plusieurs chapitres où les jeunes recrues subissent insultes, brimades, bastonnades, privations, châtiments corporels… appliqués avec une cruauté froidement distillée.
Difficile de ne pas penser à ces sociétés premières d’Epinal où on devient un homme seulement après avoir tué un autre homme… difficile de parle d’humanisme dans ce cas-là !
Et à la dernière phrase du roman est « à la gloire éternelle de l’infanterie ».

« Dans la passé, on avait vu bien des armées battre en retraite parce que les hommes ignoraient pour qui et pour ils combattaient. Dans l’Infanterie Mobile nous n’avions pas cette faiblesse car chacun d’entre nous s’était porté volontaire pour raison idéologique ou personnelles, bonnes ou mauvaises. »
On met en avant l’esprit de corps mais cela sent l’embrigadement d’un Fils de la Louve ou d’un Hitlerjugend…

« Le destin de plus noble que puisse connaître un homme est de placer son corps mortel entre le foyer qu’il aime et les ravages de la guerre. »
Cette citation issue de la 4e strophe de l’hymne national étasunien qui rend hommage à l’héroïsme du sacrifice ultime sonnerait mieux si elle n’avait pas servi d’alibi à un impérialisme parfois fort douteux.

L’Arbre de la Liberté, de temps à autre, doit être arrosé du sang des patriotes…
On utilise Thomas Jefferson pour expliquer que la démocratie à besoin de l’armée, de la guerre et du sacrifice ultime (y compris à l’entraînement), sauf que la citation complète est :
« L’Arbre de la Liberté, de temps à autre, doit être arrosé du sang des patriotes et des tyrans »
La phrase prend un sens révolutionnaire : la démocratie s’obtient en l’arrachant des mains des tyrans.

Le superviseur de Rico prend pour exemple le cadet condamné à mort pour abandon de poste de commandement de bord en présence de l’ennemi parce qu’il s’était porté au secours de son supérieur hiérarchique blessé. Faut-il prendre cet exemple absurde au 1er ou 2e degré ?
S’il y avait un militaire à prendre en exemple c’est Patrik Dalzel-Job.
Cet officier de la Royal Navy avait demandé à sa hiérarchie le rapatriement de réfugiés dont le bombardement était programmé par la Luftwaffe : l’Etat-major lui ordonna de les laisser crever. Il passa outre les ordres reçus et sauva la vie de 5000 personnes : c’est donc tout naturellement qu’il fut condamné à mort pour désobéissance en présence de l’ennemi. Seule l’intervention du roi Haakon VII lui sauva la mise.
Seuls les vrais hommes ont de véritables valeurs humaines, et pas les machines à obéir bas du front CQFD.
On ne peut pas glorifier le militarisme une fois qu’on a vu les Sentiers de la Gloire et ses généraux carriéristes.


Le roman est-il réactionnaire ?

Entre les vétérans de guerre qui font les cours d’histoire et philosophie avec le droit de tataner les élèves et les pédagogues bisounours qui fument la moquette, Heinlein nous explique qu’il n’explique aucune autre voie.
« Ces pseudo-scientifiques qui se donnaient le titre de psychopédiatres ou d’assistants sociaux méprisaient les anciennes méthodes qui avaient fait leurs preuves. »
« Il vaut mieux se faire corriger et fouetter que de ne pas pouvoir se promener dans rues de peur de se faire tuer, non ? Quelle horreur ! »
Si l’échec total des pédago-sorciers que je n’affectionne pas du tout n’est plus à démontrer, qu’a donné les bonnes vieilles méthodes de la torgnole ? Des enfants brimés et battus, des femmes soumises et punching-ball, des patriarches violents et tyranniques… : bref une société bien plus violente qu’aujourd’hui.
Les anciennes méthodes n’avaient rien de bon ! Et pas grand monde se promenait dans les rues pour autant.

Manu B. a écrit:Heinlein est un visionnaire, il décrit une situation qu'aujourd’hui même, dans nos rues, dans nos pays: "meurtre, drogue, viol et vandalisme faisaient partie de la vie quotidienne"
Ouais. Dans ma petite ville de province je n’ai pas l’impression de risquer ma vie quand je sors dehors.
Visionnaire ? De tout temps et en tout lieu la jeunesse désœuvrée (pauvre ou riche) a versé dans la criminalité.
Henlein n’est pas allé plus que les Etats-Unis des années 50 et leurs gangs de blousons noirs.
(cf. le West Side Story de 1957avec ses Jets et ses Sharks qui se foutaient sur la gueule à Manhattan)
Les déclinologues oublient il y avait bien plus de meurtres, de viols et de vol dans les années 1950.
Si une gueulante, si baffe ou un coup de pied au cul n’ont jamais tué personne, les méthodes d’éducation du Camp Currie sont pires que celles destinées aux durs à cuir de la Légion Etrangère : c’est Fullmetal Jacket x10 !

Les études se font à coup d’hypnopédie = bourrage de crâne, et si les leçons sont mal assimilées on se retrouve plusieurs jours en caisson hypnopédique alimenté par intraveineuse…
On se croirait dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley ou dans 1984 de George Orwell… Au secours !

Henlein nous offre un beau passage sur la dualité pouvoir / responsabilité assez pour ne dire très intéressant.
Mais on balaie les « études fumeuses de type littéraire » et les militaires pédagogues d’Henlein ne cesse de présenter morale et politique comme une science exact mathématiquement vérifiable (sans en apporter aucune preuve au contraire de la psychohistoire d’Asimov), et au final on résume la militarocratie à ça marche et puis c’est tout. Foutage de gueule ou 2e degré ?

Et concernant l’apologie de la peine de mort :
« Et c’est là le point faible qui a détruit cette société qui, par bien d’autres aspects, était admirable. Les jeunes voyous qui rôdaient dans les villes de cette époque étaient les signes avant-coureurs d’une maladie plus grave. Les citoyens de cette société glorifiaient la mythologie des droits… mais ils avaient perdu le sens de leur devoir. »
Tout à fait, mais on prend l’exemple d’un jeune marginal devenu tueur d’enfant qui va finir à la potence.
Pas de demi-mesure : qui vole un œuf tue forcément une petite fille, le proverbe est bien connu.
Pourtant l’Histoire à démontré que la peine de mort n’a strictement aucun effet dissuasif.
Mort par armes à feu aux Etats-Unis qui pratiquent la peine de mort : 30 000 morts / an
Mort par armes à feu en France qui ne pratique pas la peine de mort : 300 morts / an
Sans commentaires (mêmes si les chiffres mériteraient d'être décortiqués et approfondis).
Il y a plus de vols dans les pays qui amputent les voleurs, il y a plus de viols dans les pays qui châtrent les violeurs, il y a plus de meurtres dans le pays qui décapitent les meurtriers.
Carcan, supplice de la roue et gibet n’ont pas empêché la voyoucratie de régner sur Paris pendant des siècles…


Et malgré tout cela, des indices peuvent laisser à penser que c’est plus subtil qu’il n’y paraît.
Est que le système a éliminé la criminalité ? non
Est-ce que les militaires dressés sont meilleurs que les civils indisciplinés ? non
Est-ce que les généraux pensent davantage au bien commun que les politiciens ? non
Un passage est explicite où le superviseur de Rico lui explique que les rivalités mesquines entre officiers empoisonnent le bon fonctionnement des opérations militaires et de l’armée en général
A la question « la guerre et la perfection morale proviennent-ils du même héritage génétique ?» on répond par la question « mais l’homme a-t-il le droit de se répandre dans tout l’univers ? ».
Les soldats de l’Infanterie mobile défilent au son de chant antimilitaristes : c’est contradictoire non ?
La 1ère réaction du père de Rico est « c’est ce prof qui t’a bourré le crâne avec ses discours idéologiques ? »
Et à un moment Rico a un très bref éclair de lucidité :
« Nous nous retrouvions comme les chiens de Pavlov ! Non… laissons tomber les réflexions. »


Démonstration par l’absurde ? Difficile d’arriver à cette conclusion !
Si c’est une apologie du militarisme, c’est tellement gros voire caricatural que c’est contreproductif
Si c’est une dénonciation du militarisme, c’est tellement ambigu et ambivalent que c’est contreproductif.
Dans un sens comme dans l’autre les 5 adaptations du livre sont toutes des dénonciations du fait militaire…
La vision hautement controversée de l’auteur tranche avec le reste de sa bibliographie qui comporte nombre d’ouvrages prêchant la tolérance et l'humanisme, mais rien n’empêche quelqu’un de devenir un vieux con réac.

Car l’homme qui a demandé que soit créée une instance supranationale de contrôle des armes nucléaires avant même l’élaboration des armes nucléaires a fustigé les pacifistes (les victimes irradiées de essais nucléaires le remercient), a embrassé ouvertement l’anticommunisme (les victimes des listes noires qui ont perdu leur emploi le remercient) et a soutenu la Guerre du Vietnam (les victimes asiatiques et américaines le remercient).
Pour ceux qui ont des doutes sur le fond de la pensée du bonhomme, il a fini conseiller spécial de Ronald Reagan, néolibéral par excellence qui avait travaillé aux services de propagande maccarthystes, et est l’origine du programme IDS qui a relancé la course aux armements et a ravivé les tensions entre les grandes nations.
Rappel IDS : Initiative de Défense stratégique visant à crée un bouclier antimissile impénétrable permettant aux Etats-Unis de nucléariser ses opposants sans le moindre risque d’une riposte en retour, bref en supprimant la Destruction Mutuelle Assurée on relance les tensions entre toutes les grandes nations… peut mieux faire pour un défenseur de la paix…


Militaire ou pas, militariste ou pas, un classique de la SF très intéressant car l’auteur pose de bonnes questions.
Nos sociétés modernes ont besoin de remettre solidarité, intérêt général et éducation civique au centre de tout. Le manque de valeurs et de civisme actuel est hallucinant, mais plutôt que de pointer les jeunes, délinquants ou non, je montrerai du doigt nos pseudos élites qui placent les petits intérêts bien calculés au-dessus de l’intérêt général (le proverbe chinois dit que le poisson pourrit toujours par la tête).
Malheureusement les réponses qui semblent apportées sont réactionnaires.

Je lui préfère la Stratégie Ender, version jeunesse du roman, et l’humanisme que dégage son héros empathe.
Je lui préfère la Guerre éternelle de Haldmemann, beaucoup plus critique dans son approche de la guerre.


Dernière édition par Albéric le Sam 6 Avr - 17:39, édité 3 fois

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Message par Dark schneider le Sam 6 Avr - 15:49

Un roman finalement assez complexe à décrypter, pour preuve : quelle analyse Albéric !

Il est vrai qu'Heinlein n'est vraiment pas simple à suivre, tant parfois on peut croire à une apologie d'un conservatisme limite fascisant mais qu'il nuance à plusieurs reprises par des petites phrases par ci par là, mais de façon assez éparses.. A un moment du roman, il dit clairement que les militaires font les mêmes erreurs que ce contre quoi ils ont voulus lutter en mettant en place ce régime politique.


Un roman à prendre avec certaines pincettes mais certainement pas un pur pamphlet fascisant comme à voulu le croire Paul Verhoeven : son film étant clairement une anti-adaptation du bouquin.... une dénonciation assez balourde qui occulte complètement un élément important du bouquin : les soldats sont protégés d'exosquelette, ce qui leur garanti une certaine "sécurité", on est loin de l'infanterie "chair à canon" du film.

Après, c'est tellement marqué par un contexte particulier (guerre froide, après-guerre, tout ça), par le passé de l'auteur (carrière militaire avortée), qu'il faut prendre tout cela en considération pour comprendre ce livre.

Les blousons noirs dans les 50's n'étaient pas des tendres et n'avaient rien à envier avec nos lascars de banlieue désœuvrés. Cela ne doit pas non plus nous faire tomber dans une paranoïa sécuritaire.
Néanmoins, si je n'ai absolument pas l'impression de risquer ma vie quand je sors dehors (je vis en banlieue parisienne, mais pas à Neuilly), il est indéniable que les incivilités sont légions, et que ça en devient parfois assez insupportable. C'est là que le roman me semble assez actuel dans son propos : redonner un sens à la citoyenneté. Faire comprendre les droits et les devoirs. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes issus de milieux défavorisés sont totalement déconnectés de tout ça...
Je me souviens de mes cours d'éducation civique au collège : c'était de loin la matière la plus pitoyablement enseignée, prof absent une fois sur deux, etc. Il y a un souci de transmission des valeurs, qui se limitent désormais bien trop souvent à la transmission des valeurs familiales (on protège les siens, mais on ne considère plus l'autre). Du coup, je trouve que le bouquin a quelques bonnes idées, comme cette citoyenneté qui se "mérite", ce qui n'est clairement plu sle cas aujourd'hui où l'on pense que le suffrage universel est indissociable à la démocratie (mais quel sens cela a quand beaucoup de monde ne comprend rien à notre système politique complexe?). Pas que Heinlein donne spécialement les bonnes réponses (le tout militaire n'est certainement pas pour moi une solution) mais il part d'un constat qui reste prégnant.

Évidemment, dans certaine de nos démocraties occidentale, comment demander à la "base" d'avoir un comportement plus civilisé quant au sommet on patauge dans la corruption ? L'actualité récente le prouve...
C'est d'abord au sommet de faire le ménage chez eux, avant de donner des leçons de citoyenneté, mais la corruption est un mal endémique en France (pas besoin d'aller à Marseille pour cela, suffit d'aller à Corbeil-Essonne...).


La Guerre Éternelle est finalement assez différent dans son propos : c'est un roman dont le but même consiste en une certaine dénonciation de la guerre, beaucoup plus riche en action aussi, je n'ai pas contre jamais trop compris le gros délire sur l'homosexualité.
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Message par Albéric le Sam 6 Avr - 20:48

Dark Schneider a écrit:Il est vrai qu'Heinlein n'est vraiment pas simple à suivre, tant parfois on peut croire à une apologie d'un conservatisme limite fascisant mais qu'il nuance à plusieurs reprises par des petites phrases par ci par là, mais de façon assez éparses.. A un moment du roman, il dit clairement que les militaires font les mêmes erreurs que ce contre quoi ils ont voulus lutter en mettant en place ce régime politique.
Un auteur contradictoire qui a milité contre la guerre et pour la guerre, qui a écrit sur la dictature miliaire et sur la révolution anarchiste. Bref un gars nettement plus ambivalent donc intéressant que les yes-men.

Aujourd'hui, beaucoup de jeunes issus de milieux défavorisés sont totalement déconnectés de tout ça...
Je peux vous assurer que beaucoup de jeunes issus de milieux ultrafavorisés sont également déconnectés de tout ça.

Évidemment, dans certaine de nos démocraties occidentale, comment demander à la "base" d'avoir un comportement plus civilisé quant au sommet on patauge dans la corruption ? L'actualité récente le prouve...
C'est d'abord au sommet de faire le ménage chez eux, avant de donner des leçons de citoyenneté, mais la corruption est un mal endémique en France (pas besoin d'aller à Marseille pour cela, suffit d'aller à Corbeil-Essonne...
Où dans n'importe quelle circonscription française... C'est triste !
640 000 élus politiques en France et combien de pourris et de ripoux ?
Genre le comptable de notre président qui a moult affaires en cours aux Îles Caïmans.

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Message par Albéric le Lun 15 Juin - 23:25


Pourquoi on s'emmerde avec des journalistes, des critiques et mêmes des universitaires parfois... Les amateurs font mieux et plus accessibles !

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Message par Derfel le Lun 15 Juin - 23:59

Chouette critique !

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White Square Re: Robert A. Heinlein, Étoiles, garde-à-vous

Message par Sieben le Mar 16 Juin - 11:49

J'adore les films SF de Paul Verhoeven: Robocop, Total Recall et bien sûr Starship Troopers. Et ouais, chouette critique qui résume la portée du film et la vision du réalisateur.

Il y avait pas mal de bons films SF vu aujourd'hui comme des nanars. ça m'est déjà arrivé dans des conversations d'entendre par exemple que Demolition Man est aujourd'hui un nanar... Oh lala ce qui faut pas entendre. Parce que c'est Stallone c'est forcément nul ? Stallone a joué dans pas mal de film avec une critique sociale intelligente: Rambo 1, Rocky 1... et Demolition Man est bon film SF qui interroge aussi sur pleins de sujets.

Starship Troopers a en effet un côté nanar dans le jeu des acteurs. J'ignorais que c'était voulu, je comprends pourquoi maintenant.
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