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Tim Willocks, La Religion

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White Square Tim Willocks, La Religion

Message par Albéric le Mer 5 Déc - 20:50



"Soldats de l'Islam. Soldats du Christ. Chacun est le diable pour l'autre, et Satan ricane dans sa manche"

La première chose qui frappe dans un roman historique, c’est son cadre.
Ici c’est un véritable choc des civilisations !
On est vraiment très bien servi : nous vivons un tournant de l’Histoire avec d’un côté l’Europe de l’Ouest dominée par un Empire espagnol à son apogée et une Europe de l’Est dominée par un Empire turc en plein expansion. Un duel de titan entre 2 superpuissances.
Et le Sultan Soliman le Magnifique veut frapper un grand coup en éliminant définitivement ses adversaires les plus acharnés : la Religion ! Ainsi débute le siège de Malte en 1565.

La plume de Tim Willlocks fascine facilement, nous gratifiant de très nombreuses fulgurances alternant douceur et violence. Voici ce qu’on peut lire dès les 1ères lignes :
« La nuit où les cavaliers écarlates l’emportèrent, la pleine lune entrait dans le Scorpion, signe de sa naissance, et comme animée par la main de Dieu, son incandescence découpait parfaitement la vallée alpine en ce qui était lumière et ce qui était ténèbres, et la lumière éclairait le chemin menant les démons vers sa porte. »
L’auteur est manifestement très à l’aise dans des scènes de batailles très immersives où les vagues de ghazis viennent s’échouer les uns après les autres aux pieds des murs de La Valette au nom d’Allah, tandis que soumis à des bombardements intensifs les défenseurs venus de toute la chrétienté meurent en masse au nom de Dieu.
Bref, une chorégraphie macabre qui se hisse au niveau du magnifique Ran d'Akira Kurosawa.


Le cadre est parfaitement maîtrisé car très bien documenté en amont : les descriptions sont très réussies et mettent des images pleins la tête entre des guerriers musulmans vêtus de d’or et soie et des guerriers chrétiens vêtus de noir et de fer.
Et que dire des passages de chirurgie militaire, limite gore, qui ferraient passer Urgences pour un épisode des Télétubbies.
De la même manière, la crudité des scènes érotiques pourraient faire tiquer, mais en étant aucunement voyeuristes elles servent plus le récit et les personnages qu’elles ne les desservent là où d’autres auraient bassement fait du fanservice


Mais ceci n’est qu’une toile de fond car nous assistons à un duel à distance entre le rusé mercenaire Tannhäuser, assisté de son fidèle Bors, un colosse anglais né pour la guerre, et l’ambitieux inquisiteur Ludovico Ludovici, assisté de son taciturne Anacleto, un spadassin incestueux né pour les basses besognes. Entre ces fortes personnalités, un couple de femmes : Carla, une jeune veuve française qui cherche la rédemption, et Amparo, une étrange jouvencelle espagnole quasi féérique.
Tous sont pris dans le tourbillon des évènements, chacun servant ses buts altruistes ou individualistes. Et avant la réalisation de ses objectifs avoués ou inavoués, il faut avant tout survivre à la fièvre de guerre qui anime les 2 camps !


Je n’irai pas par quatre chemins, c’est sans doute un des meilleurs romans historiques que j’ai lus, sinon le meilleur, mais tout n’est pas parfait pour autant :
- attention c’est long (un peu moins de 1000 pages en poche)
L’introduction qui nous présente les personnages en nous faisant visiter les bas-fonds de Messine ne fait pas moins de 250 pages.
Passé le prologue il faudra attendre 600 pages et les beaux flashbacks de la 3ème partie (les vents dispersants) pour en apprendre réellement davantage sur Tannhäuser et ce qui l’a amené des déserts de Mésopotamie aux tripots d’Italie.
Et passé un cap, on est mithridatisé face à autant de violence et d’intransigeance : au bout d’un moment on se moque bien de savoir qui va l’emporter des Turcs ou de la Religion…
- attention c’est parfois à l’eau de rose
C’est ballot d’en rester niveau des Oiseaux se cachent pour mourir avec un quadrangle amoureux où la crudité de certaines scènes (sexe & violence : Eros & Thanatos) côtoient une grande naïveté sentimentale des protagonistes.
(mais peut-être est-ce un appel du pied au lectorat de Juliette Benzoni & Cie ?)


Pour les amateurs de fantasy, j’ajouterai que Matthias Tannhäuser avec ses doubles voire triples allégeances, son esprit rusé et ses magouilles en tous genres n’est pas très éloigné d’Else le devshirmé espion qui domine le cycle des Instrumentalités de la Nuit de Glen Cook (personnage qui lui-même suit les voies empruntées par Corbeau dans La Compagnie Noire et Azel dans Qushmarrah du même auteur).
La Méditerranée de Tim Willocks est bien plus lisible que celle de Glen Cook, ce qui ne gâche rien.

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin : ce n’est pas un one-shot, c’est le 1er tome de la Trilogie Tannhäuser ! Le 2ème tome, intitulé Twelve Children of Paris, est annoncé pour l’an prochain…

ENJOY ! :heart: (je suis presque prêt à écrire satisfait ou remboursé, c'est dire !)


PS :
J’aurais pu découvrir ce roman plus tôt si je n’étais pas tombé initialement sur les commentaires d’un nid de pisse-froid pour qui visiblement action et émotion n’ont pas leur place en littérature et qui ont mis en avant uniquement les points faibles (basicité des intrigues et trop faible développement psychologique des personnages) en omettant tous les points forts.
Sans parler du kakou qui n’a pas supporté que les intrigues pontificales ne soient pas aussi développées que dans Les Secrets du Vatican de Bernard Lecomte : il n’a pas compris que dans le roman il ne s’agissait que d’un élément secondaire sur lequel on se s’appesantissait pas pour se concentrer sur le destin d’un personnage principal partagé entre islam et chrétienté, entre individualisme et altruisme, entre roublardise et honorabilité.


Dernière édition par Albéric le Mer 27 Mar - 17:29, édité 2 fois
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White Square Re: Tim Willocks, La Religion

Message par Invité le Mar 5 Fév - 19:36

Pour les indécis qui serait tenté mais hésiterait de peur d'être déçu,
Spoiler:
il est possible de le trouver en version numérique sur le net sur des sites de p2p pour se faire une idée avant de l'acheter.
Moi, personnellement, j'ai adoré.

modération : ne soyons pas trop explicite sur le téléchargement (Albéric) ;)
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White Square Re: Tim Willocks, La Religion

Message par Albéric le Dim 23 Oct - 17:18


Résumé tome 1 : Tannhauser
Malte, Mai 1563.
Les chevaliers chrétiens de l'ordre des Hospitaliers, aussi nommé la Religion, se préparent à l'invasion de l'île par Soliman le Magnifique et ses 45000 "lions de l'Islam". A un contre cinq, le combat semble perdu d'avance et le siège qui se prépare s'annonce d'une violence inouïe. Pour parer à la faiblesse de ses troupes, le grand maître La Valette décide de convoquer Mattias Tannhauser. Ancien janissaire du sultan, devenu trafiquant d'armes et d'opium, il connaît parfaitement les deux camps. Indifférent aux intérêts de l'ordre, il ne s'engage dans le conflit que pour venir en aide à la comtesse Carla de la Penautier, signant leur aller simple vers l'enfer...
Survivrez-vous au plus grand siège de l'Histoire ?



Oyez, oyez, oyez braves gens !!!
En 1565, l'Empire Ottoman victorieux et en expansion sur tous les fronts décide de régler définitivement son compte à ses vieux ennemis hospitaliers naguère chassés de Rhodes après un siège dantesque. Pour le Sultan Soliman le Magnifique « the job is done », donc ce n'est qu'une formalité… Et en 1565, 5000 miliciens maltais et de quelques centaines de défenseurs de la foi venus de toute l'Europe (les brigades internationales du temps de la foi) se dressent contre l'armada turque qui compte des dizaines de milliers d'hommes. Pour le Commandeur de l'Ordre Jean Parisot de la Valette, il s'agit moins d'un baroud d'honneur que de l'ultime combat… L'Histoire semblait écrite, mais l'Histoire en fut autrement !!! (et décidément l'Histoire faute de se répéter bégaye finalement assez souvent puisque les Maltais referont le coup à ces saloperies de nazis pendant la WWII ^^)
« Soldats de l'Islam. Soldats du Christ. Chacun est le diable pour l'autre, et Satan ricane dans sa manche »
En littérature, il y a deux manières de traiter l'Histoire : ou on se cale dans les pas de personnages connus et on ne s'éloigne pas trop du principe de la chronique, ou on se cale dans les pas d'illustres inconnus pour s'émanciper du carcan des événements pour les magnifier et en tirer la quintessence… le spécialiste du polar Tim Willocks, chirurgien et psychiatre de formation, est suffisamment intelligent pour choisir la meilleure option et il nous libre une formidable Iliade malaise qui possède toute les qualités requises pour laisser ses lecteurs pantois… A travers les destins croisés du renégat Mattias Tannhäuser, de son compagnon Bors de Carlisle, de la belle comtesse Carla la Penautier, de sa compagnonne tout autant folle que féérique Amparo, du machiavélique inquisiteur Ludovico Ludovici, de son exécuteur des basses oeuvres Anacleto et de l'orphelin Orlandu, nous somme plongés dans le sang et dans les larmes dans un choc de civilisation à nul autre pareil ! Mais j'ai déjà dit tout le bien que je pensais du roman...

L'adaptation réalisée par le scénariste Benjamin Legrand et le dessinateur Luc Jacamon est très fidèle et très réussie, en plus de gommer les rares défauts de l'oeuvre originale (sentimentalisme désuet, scènes de sexe crues, scènes de violence gore)… Je ne connaissais ni l'un ni l'autre, mais ils livrent ici un travail sans faille ! Charadesign, décors, accessoires, découpage, encrage, colorisation, narration, dialoguisation… Avec des graphismes réalistes, on est ici plus près du cinéma que de la bande dessinée (waouh les pages pleines et les doubles pages !), et c'est est très soigné tout au long des 80 pages de ce tome 1 qui déborde de la 1ère partie du roman…Je ne sais pas si cet album est la bande dessinée de l'année, mais je suis persuadé qu'elle n'est pas très loin de l'être ! ENJOY !!!

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Message par Marv le Lun 24 Oct - 9:42

je l'ai pas vu passer celui là, je vais feuilleter çà cet après midi si je tombe dessus
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Message par Albéric le Lun 24 Oct - 10:28

Marv a écrit:je l'ai pas vu passer celui là, je vais feuilleter çà cet après midi si je tombe dessus
oui je sais, pas d'informations, pas de promotion... on ne peut qu'essayer de compenser un petit peu l'incurie de certaines éditeurs français qui font des super trucs mais qui ne vont rien pour qu'ils rencontrent leur public et vice-versa

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Message par Derfel le Lun 24 Oct - 21:54

Albéric a écrit:

Je n’irai pas par quatre chemins, c’est sans doute un des meilleurs romans historiques que j’ai lus, sinon le meilleur,

j’ai gardé le meilleur pour la fin : ce n’est pas un one-shot, c’est le 1er tome de la Trilogie Tannhäuser ! Le 2ème tome, intitulé Twelve Children of Paris, est annoncé pour l’an prochain…
1. Faut que tu lises Bernard Cornwell.

2. Les Douze Enfants de Paris est effectivement paru en langue française en 2014, mais l'auteur n'a pas encore écrit le troisième tome.

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Message par Albéric le Lun 31 Oct - 22:04

Derfel a écrit:2. Les Douze Enfants de Paris est effectivement paru en langue française en 2014, mais l'auteur n'a pas encore écrit le troisième tome.
Je sais. Il est dans ma PAL. Quand à Cornwell, il faut vraiment que je face de la place dans ladite PAL...

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Message par Sieben le Jeu 10 Nov - 12:54

Marv a écrit:je l'ai pas vu passer celui là, je vais feuilleter çà cet après midi si je tombe dessus

Pareil.

J'ai feuilleté 30 secondes puis j'ai reposé le bouquin. Maintenant si je ne sens pas le coup de coeur graphique je ne lis plus. Mais peut être que c'est vachement bon au niveau de l'histoire...
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Message par Derfel le Jeu 10 Nov - 13:39

Sieben a écrit:Mais peut être que c'est vachement bon au niveau de l'histoire...
Je l'ai acheté voilà quelques années, et c'est toujours dans ma PAL. C'est vrai que ça a l'air vachement bon. Je vais le lire avant la fin de l'année et je vous redonnerai mon opinion.

J'ai trouvé la suite en ePub (tu attends quoi pour une liseuse Alberic ?), je vous mets la quatrième de couverture:
23 août 1572. De retour d’Afrique du Nord, Mattias Tannhauser, chevalier de Malte, arrive à Paris. Il doit y retrouver sa femme, la comtesse Carla de La Pénautier, qui, enceinte, est venue assister au mariage de la sœur du roi avec Henri de Navarre. À son arrivée, Mattias trouve un Paris en proie au fanatisme, à la violence et à la paranoïa. La tentative d’assassinat contre l’amiral de Coligny, chef des réformistes, a exacerbé les tensions entre catholiques et protestants. Introduit au Louvre par le cardinal de Retz, Mattias se retrouve bientôt au cœur des intrigues de la Cour et comprend très vite que le sang va couler dans les rues de Paris. Dans une capitale déchaînée, où toutes les haines se cristallisent, Carla est impliquée au même moment dans une terrible conspiration. Plongé dans un océan d’intrigues et de violences, Mattias n’aura que quelques heures pour tenter de la retrouver et la sauver d’un funeste destin. Tim Willocks est sans aucun doute l’un des plus grands conteurs de notre temps. Avec un souffle épique qui évoque Alexandre Dumas, il nous donne ici un roman inoubliable qui, se déroulant sur vingt-quatre heures, capture toute la folie d’un des plus terribles épisodes de l’histoire de France.
On se plaint souvent que l'histoire de France est peu exploitée ...alors lancez-vous, en voilà un roman sur le sujet et d'après les critiques, un bon.

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