David Gemmell
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Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse

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White Square Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse

Message par Tarento le Mer 10 Déc - 22:26

Sur le revers d'une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont−de−Marsan,
s'élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les
villageois décorent du nom de château.
Deux tours rondes, coiffées de toits en éteignoir, flanquaient les angles d'un bâtiment, sur la façade
duquel deux rainures profondément entaillées trahissaient l'existence primitive d'un pont−levis réduit à l'état
de sinécure par le nivelage du fossé, et donnaient au manoir un aspect assez féodal, avec leurs échauguettes
en poivrière et leurs girouettes à queue d'aronde. Une nappe de lierre enveloppant à demi l'une des tours
tranchait heureusement par son vert sombre sur le ton gris de la pierre déjà vieille à cette époque.
Le voyageur qui eût aperçu de loin le castel dessinant ses faîtages pointus sur le ciel, au−dessus des
genêts et des bruyères l'eût jugé une demeure convenable pour un hobereau de province ; mais, en
approchant, son avis se fût modifié. Le chemin qui menait de la route à l'habitation s'était réduit, par
l'envahissement de la mousse et des végétations parasites, à un étroit sentier blanc semblable à un galon terni
sur un manteau râpé. Deux ornières remplies d'eau de pluie et habitées par des grenouilles témoignaient
qu'anciennement des voitures avaient passé par là ; mais la sécurité de ces batraciens montrait une longue
possession et la certitude de n'être pas dérangés. − Sur la bande frayée à travers les mauvaises herbes, et
détrempée par une averse récente, on ne voyait aucune empreinte de pas humain, et les brindilles de
broussailles, chargées de gouttelettes brillantes, ne paraissaient pas avoir été écartées depuis longtemps.
De larges plaques de lèpre jaune marbraient les tuiles brunies et désordonnées des toits, dont les
chevrons pourris avaient cédé par place ; la rouille empêchait de tourner les girouettes, qui indiquaient toutes
un vent différent ; les lucarnes étaient bouchées par des volets de bois déjeté et fendu. Des pierrailles
remplissaient les barbacanes des tours ; sur les douze fenêtres de la façade, il y en avait huit barrées par des
planches ; les deux autres montraient des vitres bouillonnées, tremblant, à la moindre pression de la bise,
dans leur réseau de plomb. Entre ces fenêtres, le crépi, tombé par écailles comme les squames d'une peau
malade, mettait à nu des briques disjointes, des moellons effrités aux pernicieuses influences de la lune ; la
porte, encadrée d'un linteau de pierre, dont les rugosités régulières indiquaient une ancienne ornementation
émoussée par le temps et l'incurie, était surmontée d'un blason fruste que le plus habile héraut d'armes eût été
impuissant à déchiffrer et dont les lambrequins se contournaient fantasquement, non sans de nombreuses
solutions de continuité. Les vantaux de la porte offraient encore, vers le haut, quelques restes de peinture sang
de boeuf et semblaient rougir de leur état de délabrement ; des clous à tête de diamant contenaient leurs ais
fendillés et formaient des symétries interrompues çà et là. Un seul battant s'ouvrait et suffisait à la circulation
des hôtes évidemment peu nombreux du castel, et contre le jambage de la porte s'appuyait une roue
démantelée et tombant en javelle, dernier débris d'un carrosse défunt sous le règne précédent. Des nids
d'hirondelles oblitéraient le faîte des cheminées et les angles des fenêtres, et, sans un mince filet de fumée qui
sortait d'un tuyau de briques et se tortillait en vrille comme dans ces dessins de maisons que les écoliers
griffonnent sur la marge de leurs livres de classe, on aurait pu croire le logis inhabité : maigre devait être la
cuisine qui se préparait à ce foyer, car un soudard avec sa pipe eût produit des flocons plus épais. C'était le
seul signe de vie que donnât la maison, comme ces mourants dont l'existence ne se révèle que par la vapeur
de leur souffle.


Ce texte fêtera bientôt ces 150 ans!
On dira ce qu'on voudra, mais des descritpions de cette qualité, on n'en voit plus beaucoup de nos jours... Est-ce que dans un siècle et demi quelqu'un lira un Gemmell et en sera aussi enthousiasmé?
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Tarento
Invité


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White Square Re: Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse

Message par MuSa le Dim 8 Fév - 0:05

Ah oui, Théophile Gautier, quelle plume!

Est-ce que celle de Gemmell est comparable, je n'en ai aucune idée pour l'instant... Il faut dire que je ne l'ai même pas lu dans sa langue originelle, à savoir l'anglais. Lire du Gemmell en français déforme nécessairement le style de l'auteur, ce qui implique qu'on ne peut pas l'appréhender dans toute son authenticité...

D'ailleurs ça me donne envie de le lire en anglais.
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MuSa
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Date d'inscription : 27/06/2008

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