David Gemmell
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Olivier Peru & alii, Médicis

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White Square Olivier Peru & alii, Médicis

Message par Albéric le Jeu 23 Fév - 21:12


Résumé tome 1 : Cosme l'Ancien
Une fresque violente et passionnée, mêlant histoire de l’art, guerre et complot, amitiés, amour et trahison. Oubliez les livres d’histoire, écoutez la voix de Florence, revivez l’épopée de ceux qui l’ont écrite... la saga des Médicis.


Le projet est intéressant voire fascinant, car en effet qu’aurait été Florence sans les Médicis, et qu’aurait été l’Italie sans Florence ?!
On pourra regretter les ellipses dans le récit, c’est la malédiction du format de la bande-dessinée franco-belge même si ici on fait un tout petit effort avec 52 pages, mais au final on nous offre une chouette biographie du père fondateur de la dynastie Médicis. La narration fait la part belle à la voix off qui nous conte ses heurs et ses malheurs, et le la belle idée d’Olivier Peru c’est qu’il s’agit de la voix de Florence elle-même, qui voit en les membres de la dynastie Médicis à la fois ses amants, ses prêtres et ses champions…
Tout le récit est centré sur la rivalité entre Rinaldo Albizzi, rejeton arrogant de l’aristocratie né avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui pense que tout lui est dû, et Cosme l’Ancien, fils prodigue de la bourgeoisie qui a dû prouver sa valeur et qui pense que le monde est à conquérir (et on n’oublie pas leurs frères respectifs qui essayent de temporiser la situation). Mais nous sommes dans l’histoire d’une élite qui en remplace une autre pour en adopter les mêmes us et coutumes : plus les choses changent et plus elles restent les mêmes… (enfin presque, car Rinaldo considère le peuple comme un objet de décoration dépassé et encombrant, et Cosme lui considère le peuple comme un nouvel outil à utiliser pour prendre le pouvoir et le conserver… Il y a moult similitudes entre Cosme l’Ancien et César Borgia, ne serait qu’entre "L’Art de la tyrannie" et "Le Prince" ^^).
Envers Cosme on passe de la sympathie à l’antipathie, mais les auteurs cultivent l’ambiguïté : le jeune loup devient un vieux lion, et le jeune érudit anticonformiste devient un redoutable animal politique, mais finalement n’a-t-il jamais été autre chose qu’un arriviste prêt à tout et au reste pour parvenir à ses fins ? et ses fins quelles sont-elles ? Cosme a-t-il été un individu tourmenté en quête de vengeance, un patriote florentin passionné voulant développer sa cité, ou tout simplement le détenteur d’un ego surdimensionné ???

J’aurais aimé que cette BD cultive encore plus les ambiguïtés du personnage et ses évolutions, mais dans le cadre d’un stand alone on nous offre du bon travail et j’ai pris grand plaisir à me replonger dans la geste des Médicis et les luttes de pouvoir florentines… J’espère que ce tome 1 consacré à Cosme l’Ancien saura trouver son public, mais dans tous les cas je gage que le tome 2 consacré à Laurent le Magnifique saura attirer du monde… ^^
Les dessins de Giovanni Lorusso, assisté aux couleurs d’Elodie Jacquemoire, ont été pour moi très plaisants car j’ai senti un effort sur les costumes et les décors même si la part belle est faite aux gros plans, car mine de rien il y a un travail de documentation qui est tout sauf négligeable !

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Albéric
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White Square Re: Olivier Peru & alii, Médicis

Message par Sieben le Sam 25 Fév - 11:03

Oui j'ai vu ça. Une nouvelle série Soleil calquée sur le modèle d'Oracle, Nains, Elfes, etc. Je ne suis pas convaincu que le format un album, un personnage, convient bien à une série historique consacrée aux Médicis. Et le dessin m'a laissé froid (c'est bizarre cette recrudescence de dessinateurs italiens chez Soleil en ce moment...).
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Sieben
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White Square Re: Olivier Peru & alii, Médicis

Message par Albéric le Sam 25 Fév - 12:20

Sieben a écrit:(c'est bizarre cette recrudescence de dessinateurs italiens chez Soleil en ce moment...).
chez Delcourt et Glénat aussi : les dessinateurs italiens habitués aux studios et aux fumetti ont une cadence de travail plus élevé sans que le résultat perde en qualité... Parce que les grands artistes franco-belges qui n'arrivent pas à finir correctement leur tome en 1 voir 2 ans, ce n'est plus possible professionnellement parlant !

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White Square Re: Olivier Peru & alii, Médicis

Message par Albéric le Dim 23 Avr - 20:59


Résumé tome 2 : Laurent le Magnifique
Trop jeune, fier et belliqueux lors de son début de règne, les premières années de Laurent sont marquées par le sang et le conduisent jusqu’à une guerre ouverte avec le Pape. Lorsqu’il comprend qu’il risque de précipiter Florence vers la ruine, Laurent tente le tout pour le tout afin de sortir d’une situation inextricable. Il réalise alors qu’il doit ruser et agir comme son grand-père, Cosme, pour arriver à ses fins.


On conserve la formule du tome 1 : c’est la ville elle-même qui est narratrice omnisciente de la destinée de la dynastie Médicis et nous passons de Cosme l’Ancien à Laurent le Magnifique. On assiste à la sédition de Bernado Nardi, à la révolte de Volterra, à la conspiration des Pazzi et à la guerre entre Laurent hanté par l’assassinat de son frère Julien et le pape pourri Sixte IV qui a ligué toute l’Italie contre lui. Le point d’orgue du tome est donc le voyage à Naples ayant pour but de convaincre le roi Ferdinand d’effectuer un renversement d’alliance, et au final Laurent désormais le Magnifique réussit à rassembler l’Italie derrière lui (Dieu bénisse les Turcs qui sont arrivés à point nommé dans l’affaire ! ^^).
La fin du tome est plus calme, Laurent atteint par la goutte comme son père et son grand-père cherche à préparer l’avenir en formant un héritier et à placer un Médicis sur le trône de Saint-Pierre tandis qu’un dominicain fanatique nommé Savonarole existe les foules… Cette bd, qui m’a rappelé au bon souvenir de la série télé clockpunk Da Vinci’s Demons, pourrait ainsi être le préquel du manga Cesare de Fuyumi Soryo !

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, et Laurent qui semble avoir des doutes et des remords sur l’art de gouverner suscite la sympathie par rapport à ses rivaux tous plus détestables les uns que les autres… On va faire simple : Olivier Peru, Jean-Luc Istin et Nicolas Jarry mènent les mêmes combats contre les forces occultes de la crevardise (ah ça, on est plus chez Mélenchon que chez Fillon ! ^^). Babylone, Athènes, Rome, Venise, Florence, Paris, Londres, Washington… Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes : la malédiction du pouvoir personnel attire les crevards et les ambitieux comme le feu les phalènes… Tous les homines crevarices sont prêts à tout et au reste pour être à la place du dessus, puis à celle encore au-dessus et ainsi de suite jusqu’au vouloir être calife à la place du calife : ils dépensent leur énergie à prendre le pouvoir ou le conserver, et perdent leur temps à durer au lieu d’exister… Quelle perte d’énergie et de temps pour l’humanité toute entière : à l’âge des masses et la démocratie on pourrait espérer en terminer avec les games of thrones aristocratiques, et bien non ce sont eux qui pourrissent la société à tous les niveaux… Fais chier !
« Le pouvoir est ainsi, il corrompt… Sauf à l’utiliser pour le plus grand nombre, puis l’abandonner, définitivement, quand c’est nécessaire. Se servir du pouvoir, mais être prêt à le laisser : voilà le seul moyen d’être libre, et de libérer les autres. » (Mathieu Gabella copyright)

En bref un très bon album aux textes et aux dialogues très travaillés, et bien que classiques pour une production Soleil les graphismes d’Eduard Torrents sont très agréables à l’œil (dessins, découpage, colorisation) : on passe régulièrement de la lumière à l’ombre et de l’ombre à la lumière, avec un mélange de gris, d’ocres et sépias qui donne un côté La Chair et le Sang de Paul Verhoeven aux scènes d’action…

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White Square Re: Olivier Peru & alii, Médicis

Message par Albéric le Sam 23 Sep - 21:27


Résumé tome 3 : Jules - De l'or à la croix
Pierre de Médicis qui gouverne Florence, ne voit pas venir le danger que représente le moine Savonarole, visionnaire pour les uns, fou pour les autres, il tente de chasser les Médicis de Toscane. Depuis Rome, les Borgia veulent la mainmise sur l’Église mais ils ne sont pas les seuls arbitres de ce conflit... L'esprit le plus vif de ce siècle semble bien décidé à prendre part au destin de sa patrie : Nicolas Machiavel.


On conserve encore la formule du tome 1 : c'est la ville elle-même qui est narratrice omnisciente de la destinée de la dynastie Médicis et nous passons de Laurent le Magnifique à Jules, le fils bâtard de son frère assassiné par les Pazzi lors de la messe pascale de 1478. le personnage principal de ce tome est plus connu sous le titre de Clément VII, et ici il fait plus que partager la vedette avec Savonarole, Machiavel et César Borgia ! Ce tome 3 fait pas moins de 74 pages, et il en aurait fallu encore davantage pour approfondir la fabuleuse partie d'échecs qui se joue entre les Médicis et leurs adversaires (ici un peu réduite par des ellipses et des raccourcis) : les alliés d'aujourd'hui étant les ennemis de demain, et les ennemis d'aujourd'hui les alliés de demain le Game of Thrones de l'Italie de la Renaissance ressemble furieusement au House of Cards de la Rome antique !

Pierre, Julien et leur cousin Jules sont chassés de Florence par le fanatique Savonarole qui ne cesse de prêcher le retour à la pureté évangélique (qui n'a jamais existé puisque les disciples et les membres de la famille de Jésus Christ se déchiraient déjà au Ier siècle !). Ils se réfugient à Rome chez le cardinal Jean appartenant à leur clan, mais la papauté a déjà fort à faire coincée entre les délires du moine dominicain et la chevauchée de Charles VIII, avant que ces derniers ne soient remplacés par Luther et Louis XII, et avant que Charles Quint et Soliman le Magnifique n'entrent dans la danse…
Il y a un bon développement sur la radicalisation christianiste avec Savonarole, plus proche avec ses enfants espions et ses autodafés des dictatures totalitarismes modernes que des révolutions religieuses médiévales. D'ailleurs monothéisme et totalitarismes ont toujours fait bon ménage puisque que pour l'un comme pour l'autre tout est centré sur le degré de pureté idéologique des hommes et des institutions… Mais il aussi les trahisons, les manipulations, les renversements d'alliances, les Guerres d'Italie, les bingos papaux entre les Borgia, les Della Rovere et les Médicis, la lutte des loyalistes de Soderini pour rétablir et préserver la république florentine, et les divers complots absolutistes des enfants terribles du Clan Médicis qui n'hésitent pas à faire passer toute la population d'une cité au fil de l'épée juste pour montrer à leurs sujets qui tient le bâton qui pourrait les battre… Donc il y a plusieurs entrées pour suivre l'histoire, ou plutôt l'Histoire, et plusieurs grilles de lecture pour comprendre et analyser celle-ci, mais celle qui m'a le plus intéressé c'est la relation entre Jules Médicis et Nicolas Machiavel, amis puis ennemis, mais toujours fascinés l'un par l'autre : le premier possède la puissance et le nom, le deuxième l'intelligence et la passion… Et ce qui fait la faiblesse du génial théoricien politique est sans doute aussi ce qui a fait sa force : son horizon n'est pas bouché par les ambitions, les querelles et les vendettas sans fin des aristocrates italiens (qui n'ont d'autre motivation que d'être riches et puissants et le rester) ! Diabolisé par ses contemporains, aujourd'hui maître à penser des crevards du monde entier, dans cette BD Machiavel n'est pas très loin d'un Dante Alighieri, c'est-à-dire un patriote désemparé et désespéré…
A la fin de l'album le fondateur du machiavélisme pleurs de n'avoir su protéger Florence et l'Italie de ses turbulents enfants, et Jules à la tête d'une papauté plus forte que jamais semble triomphant et tout puissant en tenant à son vieil ami les mêmes répliques que Rinaldo Albizzi face à Cosme l'Ancien dans le tome 1… Depuis le temps les puissants devrait savoir que rien n'est acquis, rien n'est jamais figé et que tôt ou tard la roue finit par tourner : Jules va devoir affronter la tourmente des guerres de religion que lui et les siens ont déclenché, et quelques années plus tard les armées de Charles Quint assiégeront Rome et la mettront à sac lors d'une boucherie sans nom !
Et si un Médicis, un Borgia, un Savonarole, un Soderini ou un Machiavel ou un avait réalisé l'unité italienne avec 3 siècles d'avance ? Cette uchronie serait passionnante, et je crois bien que Chelsea Quinn Yarbro l'a déjà réalisée dans son Ariosto Furioso ^^

Non seulement Olivier Peru ne déçoit jamais, mais il en plus il est ici en grand forme : et il arrive à rendre simple le compliqué, et je n'avais plus vu cela depuis les sagas SFFF de Yoshiki Tanaka. Pour ne rien gâcher, le réservoir de bons dessinateurs latins semblent définitivement sans fin puisque Lucio Leoni et Emanuela Negrin succèdent sans faille à Eduard Torrents et Lorusso Giovani : Elodie Jacquemoire assure la continuité de la colorisation, mais une telle homogénéité au fil des pages et au fil des tomes forcent le respect, même si ce tome 3 manque un peu de souffle graphique, au-delà des nouveaux standards de qualités des productions Soleil…
PS : le plaisir de lecture sera démultiplié si vous connaissez le manga Cesare de Fuyumi Soryo, car dans ce dernier Jean Médicis est un benêt maniéré, trouillard et rondouillard manipulé par un César Borgia beau-gosse cultivé, alors qu'ici ce dernier est une brute qui se fait manipulé par un Jean Médicis au sang froid en public et au sang bouillant en privé ^^

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