David Gemmel
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Shovel, Dwarf

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White Square Shovel, Dwarf

Message par Sieben le Mer 6 Jan - 11:08




De tout temps, Traurig, notre roi, nous a protégés, parfois contre nous-mêmes, de la dégénérescence des métissages conter nature. Qui pourrait l'en blâmer ? Mais lorsque ta mère est morte en te délivrant de son ventre pourtant infécond, je n'ai pu me résoudre à tuer ce qui me restait d'elle, à tuer tout ce qui me restait. Qu'Ewïlnir lui-même me fourvoie, j'ai désobéi à sa loi et à celle de Traurig. J'ai fui en t'emportant dans la maudite forêt et je t'y ai élevé. Aujourd'hui, ils nous ont retrouvés. Dans quelques jours, quelques heures, peut-être, ils seront à notre porte.


Je suis partagé concernant mon avis sur cette série, j’ai envie d’en dire du bien mais force est de reconnaître que les points positifs ne parviennent pas à l’emporter sur le négatif qui pèse trop lourd dans la balance.

L’histoire démarre avec une trame somme toute assez classique où il est question d’un jeune orphelin à la venue prophétisée et promis à un destin exceptionnel, bref le truc on ne peut plus classique, mais pourquoi râler lorsque les archétypes du genre sont bien utilisés ? Ce qui est le cas ici où ce monde fantastique dépourvu d’homme met en scène des nains et leurs Némésis incarnées par les sylves et autres dreïdes. Notre jeune héros étant un nain sauvé par l’amour de son père qui a refusé de le sacrifier en raison d’une marque qu’il porte dans son dos et que pour une raison que le lecteur ignore durant presque les 4 tomes, le roi des nains a décidé de frapper de mort tout porteur. Le tome 1, outre le fait de proposer la trame classique à la Siegfried du héros vivant seul reclus au fond de bois dangereux, s’inspire d’une Fantasy issue de C.S. Lewis, le papa de Narnia, avec des animaux qui parlent au héros qui s’en fait des alliés. Je ne suis pas amateur des récits de Fantasy incluant des animaux qui interagissent avec les humanoïdes mais ici cela passe bien tant que cela reste cohérent car, j’y reviendrai, le récit s’avère ardu au fil des tomes.

Ce qui s’apparente au début à une quête basique où le héros comme le lecteur est brinquebalé à droite à gauche sans qu’on ne comprenne trop le pourquoi du comment, se transforme dans le tome 2 à une espèce de JDR où les héros tombent sur un PNJ qui va les orienter dans leur quête en les conduisant vers un autre gars qui leur remettra un indice, puis vers un autre, etc. Vous suivez ? Moi non plus, c'est complexe.

J’aborde ici le plus gros et principal problème de Dwarf : l’auteur veut trop développer son univers au point de perdre les lecteurs en cours de route. Sérieux, entre la quête de la couronne sylve du côté de Gueniel qui on le comprend à la fin n’a servie à rien, la quête initiatique d’Ôth qui cherche à comprendre sa destiné en partant en Mordo… à l’autre bout du monde pardon, la tentative de putsch de la générale sylve, l’affrontement pour la Terre du Milieu qui se prépare entre Traurig le roi nain et son rival Cénac, la naine tapis dans l’ombre qui fait son apparition dans le tome 3, la révolution des animaux qui s’interrogent s’ils sont prêts à faire alliance avec les nains, ainsi que la mystérieuse gemme hyper importante mais que l’auteur oublie de traiter durant les tomes 2 et 3, sans oublier la capture de la dame de Cénac (ô combien importante comme on s’en doute…) ; Bref, faire tenir tout cela en seulement 4 tomes est une tâche impossible.

Donc forcément l’auteur n’évitera pas les situations invraisemblables quand elles ne sont pas incompréhensibles . En essayant d’éviter le spoiler : pourquoi Siliane accompagne-t-elle Ôth dans sa quête ? Sa place en tant que générale de l’armée n’est-elle pas auprès de ses troupes ? Et puis elle ne me paraît pas convaincante dans son rôle, avec son côté lubrique 24h sur 24h (on se croirait dans une lanfeusterie). Pas compris la destinée de Gueniel, à croire que l’auteur a cherché à s’en débarrasser ou ne savait pas comment conclure cette histoire de couronne introduite à l’origine dans le tome 1 comme élément déclencheur des aventures du héros. Pas compris l’intérêt d’introduire la pupille asiatique du seigneur nain, encore une fois l’auteur se complique inutilement la vie en en rajoutant encore et encore. Pourquoi n’y a-t-il pas la bataille finale que l’on nous avait promise ? Ellipse ? Rien pigé à cette gemme immense dont les prêtres prédisaient une catastrophe si elle s’éteignait puis que l’auteur laisse en plan durant les 2 tomes suivants pour finalement faire un truc chelou sur le tome 4. Je ne vais pas dresser la liste car cela pourrait durer longtemps mais voilà, le récit est tellement dense qu’il était fait pour tenir sur un roman, pas une BD.

Un aspect sur lequel je ne sais trop quoi penser : les graphismes. Des premières planches hésitantes du tome 1, très vite on sent une progression et une meilleure maîtrise du dessinateur et son style semi-réaliste. De même pour Dimitri Fogolin (Alim le Tanneur) le coloriste dont le travail à l’informatique est plutôt bien chiadé. Mais le plus intéressant c’est la montée en régime au fil des albums car je trouve toujours intéressant de noter l’évolution stylistique d’un auteur. Et les tomes 2 et 3 sont incomparables avec les premiers. Le dessin est pus arrondi, plus affirmé dans les traits des personnages, idem pour les couleurs, et ce jusqu’au tome 3 qui est le meilleur de la série. Juste, sublime ! De très belles planches avec des plans larges, des cadrages bien inspirés, c’est nickel. Problème, le tome 4 est clairement bâclé sur certaines cases, ça se voit, dommage. Même au niveau de la mise en scène je trouve que cela est comme précipité malgré une pagination plus importante que sur les précédents volumes. Ce tome 4 gâche vraiment tout (excepté la double page magistrale avec les animaux de la forêt). Pourquoi ? Problème de délai ? Obligé de terminer dans les temps ?

Il y a aussi bien évidemment de bons points à noter comme le travail d’écriture car si l’histoire est trop dense, les dialogues le sont certes aussi (rarement vu autant de verbiage dans une BD) mais le langage châtié usité force le respect, c’est bien écrit. Bien écrit et parfois même très drôle dans les quiproquos, les sous-entendus, les personnages savent manier la langue pour se vanner. Attention à rester attentif toutefois car les noms propres nains sont durs à mémoriser.
J’ai noté également des références populaires cachées qui participent au côté humoristique avec Astérix lorsque l’ours s’échappe de la tour et on a un dessin de celle-ci avec les soldats qui se font taper dessus (Astérix chez les bretons), ou encore Star Wars avec Albin le crapaud qui imite un Jedi utilisant la Force. Il y en a plein d’autres. Albin est très bien dans le rôle du sidekick comique en jouant les fausses victimes, il rappelle une autre grenouille vue dans Garulfo.

Respect aussi pour la gigantesque map-monde qui témoigne de la richesse du worldbuilding imaginé par Shovel et qui s’étale en double page sur les 4 tomes. Immense ! Bien que les trois quarts des lieux mentionnés ne soient pas explorés et donc limite son intérêt, je l’ai trouvé magnifique et elle devrait plaire aux amateurs de Fantasy. Encore une fois, cela montre bien cette envie de Shovel d’avoir un background bien complet pour donner corps et vie à son histoire mais le problème je me répète, c’est le média.

Les illustrations de couvertures d’Emmanuel Civiello sont superbes, c’est dans ce registre l’illustration, que je trouve qu’il est le meilleur.

Alors voilà, c’est une série un peu étrange qui allie les hauts et les bas, l’auteur ne donnant pas toujours l’impression de savoir où il va, mélangeant les sous-genres, abonnant des pans de l’intrigue en cours de route, en développant d’autres en fin de partie pour ne pas en faire grand-chose. Un scénario un peu à l’image du dessin, un pas en avant un pas en arrière.
C’est gênant car la richesse du truc donne forcément envie d’y porter un regard bienveillant.
J’ai rarement lu en bande-dessinée de la Fantasy aussi enthousiasmante et ce malgré les références et clins d’œil qui font un peu clichés quand on est un habitué du genre. Épuré, avec les qualités graphiques du tome 3, cela aurait pu être un très grand cycle.

Sieben
Navarque de la flotte macédonienne

Date d'inscription : 12/02/2013

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