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Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

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White Square Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Albéric le Mar 29 Déc - 20:50


Résumé :
Sur la planète Durdane existe un ensemble de communautés disparates, le Shant, sur lequel règne l'Anome, aussi surnommé l'Homme sans Visage. Dans cette région, chaque femme, chaque homme se voit équipé à la fin de l'adolescence d'un torque explosif que l'Anome peut faire détoner à tout moment. La terreur qu'inspire ce juge et bourreau a maintenu une paix relative pendant des décennies. Mais voilà que débarquent d'on ne sait où les Rogushkoïs, de féroces créatures humanoïdes qui massacrent les hommes et s'accouplent avec les femmes. Et contre lesquelles l'Anome ne prend aucune mesure particulière. Parce que les Rogushkoïs ont tué sa mère, le jeune Etzwane se jure de découvrir l'identité de l'Homme sans Visage et de mettre un terme à son règne. Bientôt tous les secrets de Durdane tomberont aux pieds du jeune homme, brisés comme des jouets trop fragiles. Et il sera bien obligé de comprendre que le prix de la responsabilité est parfois exorbitant.
Jack Vance est né en 1916 à San Francisco. On lui doit trois des plus grands cycles du Space Opera : Tschaï, La Geste des Princes-démons et... Les Chroniques de Durdane, rédigées entre 1971 et 1974 et publiées ici dans leur version définitive, celle du projet Vance Integral Edition.



Il y a une vraie filiation entre La Planète géante (1957), Tschaï (1968) et Les Chroniques de Durdane (1973)… Sauf que les époques changent, et que l’auteur passé ainsi des aventure pulpienne au planet opera en bonnes et dues formes avant de s’attaquer ici à la new wave politico-sociale.

On retrouve donc une exoplanète depuis longtemps colonisée par des expatriés terriens, revenus à un niveau technologie protoindustrielle (et bloqués à ce stade en raison de la rareté des ressources en métaux), un communautarisme et un libertarisme extrême puisque chaque groupe fait comme bon lui semble et ce qui est anodin dans un patelin peut être tabou et relever de la peine capitale dans le patelin d’à côté…
On notera que la liberté tant vantée se résume trop souvent au renard libre dans le poulailler libre, alias la loi du plus fort si chère aux plus forts, car elle fait la part belle aux gourous intégristes, aux caciques féodaux, aux oligarques capitalistes et aux marchands esclavagistes… Car avec cette dystopie libertarienne Jack Vance continue de se moquer de son pays les Etats-Unis. ^^
Chaque canton se caractérise par ses les coutumes et ses lois très distinctives. Ils sont unis par une langue commune et par la soumission à l’Anome, tyran anonyme qui fait office de cour d’appel pour tous les pétitionnaires du pays qui peuvent s’adresser à lui par écrit moyennant finance. Sauf que ses lois se cantonnent à appliquer les règles locales édictées par les tyrans locaux, et qu’il n’y qu’une seule peine : la mort. Car à sa puberté, chaque individu se fait poser un torque explosif autour du cou et à la moindre incartade BOUM !
Un concept fascinant, qui aurait dû nous amener sur la pente glissante du totalitarisme… Oui mais, non, le concept clé est complètement sous-exploité car ce qui intéresse Vance c’est moins la révolte de Gastel Etzwane contre l’ordre établi que son l’odyssée à travers le continent de Shant et ses cultures exotiques et bariolées…


Entre récits pulpiens et contes philosophiques, Jack Vance tient tout d’un Jonathan Swift moderne…
On connaît ses qualités :
Incroyable faiseur d’univers capable en quelques lignes de créer un peuple, ses us et ses coutumes, son influence sur les jeux de rôles est incommensurable. Niveau fantasy son influence se fait clairement sentir sur les auteurs néo-classiques comme Brandon Sanderson, Scott Lynch, Patrick Rothfuss et Peter V. Brett… (et niveau bandes-dessinées sur les auteurs de La Quête de l’Oiseau du Temps, Lanfeust de Troy ou Les Naufragés d’Ythaq) Mais niveau Sience-Fiction, c’est du côté de la télévision qu’il faut rechercher son influence car les séries Babylone V, Stargate et Farscape lui doivent beaucoup !
Mais on connaît aussi ses défauts :
Il n’a guère d’affection pour ses personnages et pour ses intrigues (un comble pour un conteur !), et pour des raisons qu’ils lui sont propres il ne manque jamais  une occasion de se moquer de tout ce qui ne dispose pas d’un costume 3 pièces entre les jambes…

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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Albéric le Mar 29 Déc - 20:54


Résumé du tome 1 :
Les hommes ont oublié la planète Durdane. Pour eux, elle n'est plus qu'un mythe. Seuls les membres de l'Institut d'Histoire la visitent encore.
Dans le pays de Shant, tous les adultes ont le cou pris dans un « torc » qui peut exploser au signal de l'Homme sans visage. Nul ne l'a vu, nul ne sait qui est, et pourtant chacun sait qu'il existe. Il rend la « justice », assez rarement d'ailleurs, et son nom seul sème l'épouvante.
Tout jeune, Gastel Etzwane a choisi de devenir musicien errant, comme son père. Il a quitté son canton malgré l'interdit. Suprême sacrilège, il a refusé de porter le torc. Il a mérité trois fois la mort. Il veut devenir maître de son propre destin.



Nous suivons dans un premier temps le jeune Mur, destiné à devenir Famane Bougozonie selon son père-par-l’âme le Grand Mâle Osso, mais qui veut devenir Gastel Etzwane en hommage à Dystar son père biologique. Il est né dans un canton dirigé par la secte religieuse des Chilites qui pratique la Dichotomie Absolue entre les sexes avec des hommes destinées aux taches spirituelles et des femmes reléguées à l’intégralités des tâches matérielles. Impossible de m’enlever de la tête l’épisode de l’anime Ulysse 31 intitulé « Les Révoltées de Lemnos ».
Cette partie là est particulièrement bien écrite donc bien traduit par Patrick Dusoulier. L’écriture est à la fois très intimiste et très sensorielle, et on vibre et on tremble avec cet enfant qui résiste puis s’oppose à l’endoctrinement avant de devenir acteur de son destin en prenant ses cliques et ses claques.

Dans un deuxième temps nous découvrons le continent de Shant à travers les yeux de Gastel Etzwane qui veut échapper à la malédiction du torque tout en trouvant le moyen de délivrer sa mère Eathre de son contrat d’indenture qui se résume à un CDI d’esclave. Mais une fois la somme rassemblée pour la libérer, il s’aperçoit qu’il est trop tard car elle fait partie des victimes de l’invasion des barbares Rogushkoïs contre laquelle l’Anome n’oppose absolument aucune résistance…
Cette partie là est aussi bien écrite donc bien traduite par Patrick Dusoulier. J’ai trouvé que les pérégrinations avec les gabiers des lignes aériennes d’abord (qui m’ont fait penser aux marins du Mississippi), avec les ménestrels des Verts foncé – Azur – Noir – Rose ensuite, ressemblaient à celles de Tom Sawyer et d’Huckleberry Fin. Et effectivement, il y a quelque chose de Mark Twain chez Jack Vance (tous les deux grands voyageurs devant l’Eternel) !

Dans un troisième temps nous suivons la révolte de Gastel Etzwane contre le système qui lui a pris sa famille, Mais comment vaincre un tyran sans visage dont chaque individu rencontré peut être le serviteur caché ? C’est une partie espionnage pour débusquer l’Anome et ses Bénévolences, entre les jeux Qui est-ce ? et Intrigues à Venise de Leo Colovini. Et on retourne contre lui les armes d’un régime d’inspiration totalitaire… pour découvrir que la dictature se résume à la soumission des individus audit régime d’inspiration totalitaire. Ne jamais sous-estimer le pouvoir de la peur et la séduction de la résignation…


Le projet est séduisant et durant pas mal de temps j’ai été séduit. Las, chassez le naturel et il revient au galop donc Vance retombe dans ses défauts.

On connait le sexisme de l’auteur, on s’en passerait bien volontiers, mais ici il persiste et signe plus que jamais avec un tiers de ce court roman dédié à une dystopie sexiste avec des hommes s’adonnant au mysticisme religieux pour échapper au péché originel du passage par le portail génital appelé « souillure femelle », et des femmes corvéables à merci et prostituées de force… Et on apprend par un observateur extérieur comment fonctionne vraiment cette communauté qui a fait du sexisme une religion à la fin du tome 1 (un comble car à ce moment là, ben on n’en a plus rien à carrer des Chilites qui ont définitivement disparu du cycle) : elle se résume à une secte d’illuminés camés qui vivent du proxénétisme et du trafic de drogues… J’aurais aimé croire qu’on était dans le deuxième degré et qu’on caricaturait le christianisme (vous savez, cette religion qui a accordée une âme aux femmes à une voix près…), mais on connaît Jack Vance et ses opinions sur la question qui de son premier à son dernier livre n’a pas manqué une occasion de railler le sexe faible qui devait le rester pour le bien de l’humanité et qui ici s’en donne à cœur joie en brocardant des suffragettes se suicidant avec des tampons empoisonnés… (Soupir)
Le héros est motivé par l’affranchissement de sa mère puis de sa vengeance, mais c’est traité artificiellement puisqu’au même aux moments clé il ne manifeste guère d’attachement à cette dernière. L’auteur essaie de rattraper le coup avec quelques séquences émotions, mais c’est tellement maladroit que c’est plus pire en fait. Et je ne parle même pas de sa sœur qui elle est passée carrément à la trappe... Et que pense le héros quand il croise sa première bombasse ? « Je la veux ! Elle sera à moi !!! » (Soupir)
Et je n’oublie pas le grand discours révolutionnaire qui tourne à l’eau de boudin quand on s’attarde en détails salaces sur le mode de reproduction des barbares Rogushkoïs… (Soupir)

Au-delà des mauvaises ellipses qui font vieillir le héros de plusieurs mois ou plusieurs en une lige au beau milieu de tel ou tel passage, les personnages entrent et sortent du récit un peu n’importe comment. OK on est dans un récit picaresque, mais autant de personnages qui ne sont pas présentés qui apparaissent et disparaissent au cours d’une péripétie ou d’un dialogue passé un cap c’est saoulant. A un moment le héros s’attarde sur un épisode de son passé que si l’auteur l’a raconté, doit se résumer à quelques lignes (j’ai parcouru le tome en long en large et en travers, mais je l’ai pas retrouvé tel qu’il avait été repris…). Le pire c’est quand même Ifness, frère caché de l’Anacho du Cycle de Tschaï annonçant quelque part Les Chroniques de Cadwall, qui dans les 3 tomes du cycle est un deus ex machina ambulant qui arrive, part et revient à chaque fois qu’il faut relancer l’intrigue, parfois en dépit du bon sens ! (surtout quand il passe son temps à faire le contraire de ce qu’il dit…)
Spoiler:
Cela aurait été tellement mieux d’en faire un vieil opposant à l’Anome plutôt boqué dans désirs de révolution par le port de son torque, voyant en Gaste Etzwane le sans torque l’allié rêvé pour abattre le régime honni… plutôt que d’en faire un savant terrien qui ne doit pas intervenir sur ses sujets d’études mais qui passe son temps à intervenir avant de laisser tout le monde en plan pour faire avancer ses pions au sein de son petit cercle intello prout prout…

Mais ce qui m’a le plus énervé, c’est le concept clé du torque explosif. Non seulement Il est trop peu exploité, mais en plus est l’objet d’une méga incohérence scénaristique. Le héros passe son temps à vouloir échapper à la pose du torque, et précise qu’il doit en avoir un faux pour échapper aux négriers divers et variés et le passage où on lui enlève est très bien fichu… mais je n’ai jamais trouvé le passage où on lui en avait posait un ! Là on est l’erreur d’écriture qui aujourd’hui ne passerait pas le stade de corrections, roman picaresque ou pas… Or il ne s’agit pas de textes remaniés par les éditeurs, mais bien de la Vance Integral Edition revue et corrigée par l’auteur lui-même !


En bref, un univers fascinant et des thématiques intéressantes, mais des personnages trop légers et une intrigue assez perfectible sur le fond comme sur la forme. L’imagination de l’auteur est au service du voyage, toujours éminemment dépaysant, mais pas de l’histoire qui manque d’approfondissement et qui une fois de plus se termine plus ou moins en queue de poisson… (mais ne partez pas, je vais dire plein de choses bien sur le tome 2 ! blink)

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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Albéric le Mar 29 Déc - 20:56


Résumé du tome 2 :
L'Homme sans visage est prisonnier dans son propre palais. Le pouvoir absolu qu'il exerce sur le peuple de Durdane est désormais aux mains du jeune Gastel Etzwane, dont la soif de vengeance contre les terribles Roguskhoï,qui avaient enlevé et tué sa mère et sa soeur, ne pourrait être étanchée que par une mer de sang.
Pour les détruire, Etzwane devait réaliser l'unité perdue du monde de Durdane. Pour pouvoir combattre, les gens de Durdane devaient d'abord redevenir les maîtres de leur propre existence. C'est alors seulement qu'Etzwane pourrait recruter un corps d'élite parmi les habitants de Durdane enfin libérés, les Paladins de la Liberté, et qu'il pourrait les lancer contre les Roguskhdi dans une lutte à mort.



Dans ce tome 2, C’est désormais calife à la place du calife que Gastel Etzwane doit apprendre sur le tas le sens des responsabilités, donc on reste dans le côté roman d’apprentissage du tome 2… Et pour commencer il doit mettre en place l’état d’urgence, faire évacuer de la population et créer une milice nationale sans que personne ne se doute qu’il est le nouveau dirigeant du Shant. Car si dans le tome 1, il débusquait, démasquait et dépossédait l’Anome du pouvoir il doit désormais cacher qu’il est détenteur de l’autorité pour pouvoir la conserver !^^


Il y a tout un volet politique :
En pleine guerre contre les Roguskhoïs, Gastel Etwane doit effectuer la transition démocratique de son un pays qui n’a rien connu d’autre que la tyrannie pendant 2000 longues années… Il s’empare des rouages du pouvoir en se faisant passer lui-même pour un rouage du pouvoir et doit bien manœuvrer sa barque pour que le pot aux roses ne soit pas dévoiler trop tôt. Et c’est à ses bons vieux amis des ménestrels des Verts foncé – Azur – Noir – Rose qu’il confie le soin de protéger ses arrières… ^^
Pour rédiger une nouvelle constitution, il convoque le juriste Milambre Octogone, qui n’est que raison, et le ménestrel Dystar qui n’est qu’émotion, en espérant que de l’union de la raison et de l’émotion naîtra un équilibre institutionnel solide et durable. Il pensait également pouvoir s’appuyer sur le droit, juste et jovial Finnerack qui l’avait sauvé des sbires esclavagistes des Magnats de l’Air des années auparavant, mais une longue durée passée au bagne l’ont transformé en être aigri et revanchard… ce qui en fera de lui le parfait maître de guerre pour chasser les Roguskhoïs du Shant et les détruire à tout jamais ! (On notera que le tome est rempli de réflexions morales voire philosophies tout aussi intéressantes que pertinentes, mais que l’auteur ne prend jamais véritablement parti… à l’exception de la dénonciation des bagnes d’une brûlante actualité à l’époque du livre, illustré par exemple par le film Luke la main froide à la fin des années 1960)

Il y a tout un volet militaire :
Lever des troupes, les entrainer, les former… Mais aussi inventer et fabriquer de nouveau moyen de combattre l’ennemi honni (flèches explosives, piques détonantes, armes chimiques…) dans un pays où la pénurie de métaux est un fléau et où la recherche technologique est au point mort depuis des siècles voire des millénaires… Si on développe une armée de l’air on ne s’avance pas franchement sur les terres pleines de bruits et de fureur de la science-fiction militaire, mais ce conflit steampunk est d’autant plus intéressant qu’on retrouve plein de questions militaires propres aux guerres révolutionnaires, napoléoniennes et dixneuvièmistes.

Il y a tout un volet espionnage :
On tente d’enlever / assassiner Gastel Etzwane à plusieurs reprises, Aun Sharah le Discriminateur en chef est trop servile pour être honnête, Sarenjo pourtant en résidence surveillée est assassiné de la plus horrible des manières, et les envahisseurs barbares sont trop efficaces pour ne par être renseignés par des traîtres shantiens. Les tuyaux sont tellement percés que le nouveau régime est vite obligé de créer ex nihilo un service de contre-espionnage…


Je me suis bien amusé (au-delà de l’interlude du repas ritualiste des 45 plats ^^), parce que j’ai repéré moult détournements de l’histoire, de la culture et l’imaginaire collectif anglo-saxon (je reste persuadé d’être passé à côté de quantités de trucs car justement je ne suis pas anglo-saxon) : si les démons rouges sont une allégorie des tuniques rouges de la Guerre d’Indépendance américaine, et pas des inévitables communistes le couteau entre les dents, on peut vite imaginer que les bras cassés de la team Gastel Etzwane jouent les rôles des pères fondateurs des Etats-Unis (George Washington, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Thomas Paine et toute la compagnie… ^^). Mieux Jack Vance va plus loin en brandissant le spectre des civils wars anglaises car et au fil des pages Finnerack le Noir ressemble de plus en plus au redoutable et redouté Oliver Cromwell ! Et après tout quoi de plus normal dans ce roman que de faire des ménestrels des héros puisque l’hymne national américain est issu d’une chanson de taverne… ^^


C’est la guerre, donc entre mecs le sexisme de l’auteur est réduit ici à sa plus simple expression :
- Jurjin, sur laquelle avait flashé le héros à la fin du tome précédent meurt comme une merde au bout de quelques pages sans que le héros ne s’en émeuve
- Gastel Etzwane nous apprend en une ligne qu’il entretient une liaison avec Dashan des Czandales (rien que le nom déjà)... Super, ce n’est ni développé ni exploité donc on reste dans l’archétype de la secrétaire vide-boule de son patron. Et en plus, le personnage est si insignifiant que l’auteur ne va même pas se donner la peine de nous informer qu’elle va se faire plaquer comme une merde à la fin du tome…

J’ai longtemps eu peur que le côté espionnage plus ou moins vintage ne se termine en eau de boudin comme dans d’autres ouvrages de l’auteur, et force est de constater qu’ici l’auteur joue de la corde raide entre coolitude et grosses incohérences dignes des mystères lostiens. Oui mais non, car en empruntant le chemin emprunté par Robert Heinlein dans Les Marionnettes humaines la conclusion tient ses promesses (même si Ifness joue encore le rôle de deus ex machina en se la pétant grave quand il détaille tous les points irrésolus de l’intrigue alors qu’il aurait pu intervenir largement auparavant, dans le récit).


PS : Une fois de plus l’héritage de Jack Vance sur la SF est surtout télévisuel, puisqu’on retrouvera Sarenjo et son gardien alien sous les traits de Londo Molari et son surveillant xénomorphe dans la série Babylone V… Avis aux connaisseurs ! blink

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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Albéric le Mar 29 Déc - 20:59


Résumé du tome 3 :
Loin vers le sud, au-delà des zones marécageuses et des terres connues du peuple de Shant, il y avait Caraz, le continent sauvage peuplé d'exilés, de nomades et de marchands d'esclaves. Ce furent de ces solitudes méridionales que commencèrent à se répandre vers le nord les rumeurs annonçant le retour des Roguskhoïs. On racontait que des avions mystérieux atterrissaient la nuit pour faire le plein d'esclaves et que d'autres se livraient en plein ciel à des duels sans merci.
Etzwane ne s'était pas trompé. Ces rumeurs cachaient la présence redoutable des Asutras, combinant la force surhumaine d'une race avec l'intelligence cosmique de l'autre. Si l'on ne parvenait pas à leur barrer rapidement la route, Durdane ne serait bientôt plus que le terrain de chasse des marchands d'esclaves.



Après avoir disculpé les Ducs-Aigles Paladresans plus avancées que les Shantiens dans les biotechnologies, Gastel Etzwane effectue une dernière action en tant que Maître du Shant. Lui et Ifness partent pour le continent de la Cadraz débusquer les éventuels derniers Roguskhoïs de Durdane. En apprenant qu’une groupe de démons rouges à été détruit par un groupe inconnu possesseur d’armes à énergie, ils montent une expédition à travers le continent pour découvrir le fin mot de cette histoire…

Donc plus que pour un bon vieux pulp, nous on est parti pour un bon vieux récit picaresque (et au passage on passe du Planet Opera au Space Opera) : exploration de contrées diverses et variées sous des identités d’emprunts, sauvetage d’une cruche en détresse en la personne de Rune-la-Baguette-de-Saule, affrontement avec le seigneur de la guerre esclavagiste Hozman Gorge-Malade, infiltration d’un vaisseau alien, participation à une bataille spatiale entre on ne sait qui, recrutement de force dans un bataillon de soldats esclaves (on aurait une parodie d’Étoiles, garde-à-vous ! de Robert Heinlein, du coup j’ai bien ri ^^), apprentissage de la Geste des Kas qui raconte toute l’Histoire des Kas depuis l’aube des temps (concept repris par Kevin J. Anderson dans La Saga des sept soleils, l’auteur n’ayant jamais été avare de repompages voire de plagiats), grande évasion plus ou moins foirée, une guerre qui finit avant même d’avoir débutée et retour sur la planète Durdane…

Evidemment l’auteur en route libre cède à tous ses gimmicks : contrées exotiques, sociétés barrées, coutumes ubuesques, trafic d’esclaves intersidéral, dialogues plein d’humour et de malice, remarques sexistes sur la futilité et l’inutilité des femmes, interminables tractations de marchands tapis, impossible cohabitation entre peuples différent qu’ils soient humains ou aliens, modes de communication sophistiqués rendant la compréhension mutuelle quasiment impossible (l’auteur reprenant ici les thèmes déjà développé dans Le Wankh)…
Et comme dans les tome 1 et 2, Ifness qui est entré dans le récit un peu n’importe comment pour en ressortir un peu n’importe comment revient à quelques pages de la fin pour nous expliquer tout ce qu’on aurait bien aimé comprendre plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de pages plus tôt… Donc on nous fait le coup du deux ex machina pour la troisième fois en trois tomes : la ficelle est d’autant plus grosse qu’on la retrouve dans moult autres ouvrages de l’auteur…


Ma lecture n’a été ni plaisante ni déplaisante, ayant tout du long l’impression d’être dans la novellisation d’un épisode de la série télévisée Stargate (mais sans rythme, sans suspens voire sans action). A l’image du dernier tome du Cycle de Tschaï, j’ai eu l’impression d’un rallongi artificiel, d’un coup d’épée dans l’eau, d’un livre inutile qu’Ifness aurait pu résumer en quelques lignes dans son laïus à la fin du tome 2.
Gastel Etzwane durant 2 tomes a été acteur de son destin est ici un simple spectateur trimballé d’un endroit à un autre, et on peine à reconnaître celui qui a été l’Anome du Shant durant la Guerre d’Indépendance et qui a offert à son pays la victoire et une nouvelle constitution à son pays… Il retourne à son point de départ en s’engageant à nouveau dans la troupe des Verts foncé – Azur – Noir – Rose de Maître Frolitz… On est dans le conte philosophique à la Voltaire, ou plutôt à la Jonathan Swift, mais j’ai quand même envie de dire tout ça pour ça ! Car le côté dystopique et les réflexions disparaissent complètement du récit et j’ai eu l’impression de retourner sur Tschaï voire sur la Planète Géante… (D’un autre côté tous ces mondes appartiennent au même coin de l’espace : Gaean Reach ! ^^)

Pire, ce tome 3 est confus dans son background, son histoire et ses péripéties (voire contradictoire) :
Spoiler:
- le groupe qui a détruit les démons rouges ? mystère
- l’ennemi spatial des négriers intersidéraux ? mystère
- pourquoi le Ka retrouvé tue-t-il son symbiote ? mystère
- à qui le peuple des Kas a-t-il déclaré la guerre ? mystère
- pourquoi on utilise des armes biologiques pour détruire les humains avant de les engager comme soldats-esclaves ? mystère
Bon on nous explique tout à la fin qu’il y a opposition entre les Asutras qui utilisent leurs hôtes comme montures bipèdes capables d’interactions avec leur environnement, et les Kas qui utilisent eux les Asutras comme disque dur externes vivants (il faut bien cela pour mémoriser les 20000 chants de leur Geste ^^). Je me garderai bien de démontrer à quel point c’est plus ou moins fumeux et/ou foireux tellement les incohérences sont nombreuses.
Pourtant ce n’était pas bien compliqué de tout clarifier : il aurait suffit d’expliquer qu’un camp utilise des esclaves humains et qu’un autre camp voulait les priver de leurs esclaves humains et le tour était joué… Oui mais non, Jack préfère le voyage à la destination, ses gimmicks habituels à un background qui tient la route, ou tout du moins qui ne soit pas incohérent avec les tomes précédents… (Genre les Asutras qui sont des parasites internes dans le tome 2 et des parasites externes dans le tome 3 ! C’est le genre de truc qui ne passerait pas le stade des corrections aujourd’hui mais qui est passé tel quel dans la Vance Integral Edition…).


PS : on notera que la nouvelle vie politique du Shant est centré sur les foires d’empoigne entre les Verts et les Pourpres… comme chez le peuple drazzi dans l’excellente série télé SF Babylone V !

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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Oncle Kiin le Mar 29 Déc - 23:01

Très alléchant, tout ça. (Et pas seulement parce que tu évoques B5 )
J'avais lu Tschaï quand j'étais gamin, c'est un excellent souvenir. Je pense qu'aujourd'hui je trouverais ça mal fagoté, mais à l'époque j'avais adoré. Durdane fait partie de ces trucs que je prévois de lire un jour sans vraiment le programmer, mais j'avoue qu'en te lisant, et malgré les défauts que tu pointes, le dépaysement fait envie (Tschaï aussi, c'était vraiment ça, un dépaysement total). Bref, un de ces jours, repartir en voyage avec Jack Vance, ça me tenterait bien...
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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Sieben le Mer 30 Déc - 12:09

Whoua ! ça c'est de la critique pavé ! Très chouette et cela me conforte un peu dans l'idée que Jack Vance n'est pas fait pour moi.

J'ai des apriori qui se confirment chaque fois que je lis un avis de quelqu'un ayant lu Vance mais plus jeune. "J'aimais bien quand j'étais jeune mais cela a super mal vieilli" en gros.

Ne l'ayant jamais lu jeune... et je pense que depuis on a fait, pas "mieux", mais le genre a évolué, il y a du Vance "reloaded" ou 2.0 qui sort de nos jours et qui convient sûrement mieux au public du 21ème siècle. 

Je suis très difficile en SF et peu d'auteurs sont parvenus à me contenter pour l'instant.
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White Square Re: Jack Vance, Les Chroniques de Durdane

Message par Albéric le Dim 17 Jan - 14:52

Sieben a écrit:J'ai des apriori qui se confirment chaque fois que je lis un avis de quelqu'un ayant lu Vance mais plus jeune. "J'aimais bien quand j'étais jeune mais cela a super mal vieilli" en gros.
Je crois surtout que Jack Vance fait du Jack Vance et qu'il ne s'est jamais remis en cause puisque de son premier à son dernier livre les mêmes gros défauts persistent et signe (mais les qualités aussi).


Sieben a écrit:Ne l'ayant jamais lu jeune... et je pense que depuis on a fait, pas "mieux", mais le genre a évolué, il y a du Vance "reloaded" ou 2.0 qui sort de nos jours et qui convient sûrement mieux au public du 21ème siècle.
Oui. Arleston fait du Jack Vance, cela se sent, et c'est plus sympa. Les auteurs de fantasy américains actuels s'en inspirent aussi énormément... Et ne parlons pas de son influence sur le jdr qui est immense !

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