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Michael Curtis Ford, La Marche des Dix Mille

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White Square Michael Curtis Ford, La Marche des Dix Mille

Message par Albéric le Sam 1 Nov - 7:56


Résumé de La Marche des Dix Mille :
Dans ce roman d’aventures basé sur des faits historiques, relatés par Xénophon lui-même dans l’Anabase, Michael Curtis Ford fait revivre l’une des plus grandes épopées de la Grèce antique.
La Marche des Dix Mille est à la fois un récit de guerre et de paix, de trahison et de loyauté, mais aussi une incroyable odyssée.
Cette marche qui dura plus d’un an, couvrant près de six mille kilomètres, deviendra célèbre en Grèce, marquant l’esprit des contemporains de Xénophon. Une armée grecque décidée a pu traverser l’Empire perse et revenir, une leçon que retiendra plus tard un grand général macédonien… Alexandre le Grand.



L’auteur américain Michael Curtis Ford nous livre un peplum classique dans la lignée des œuvres de Lewis Wallace (Ben Hur), Carlo Maria Franzero (Cleopatra) ou Mika Waltari (Sinouhé, l’Égyptien)

Le prologue nous raconte comment l’esclave Théo obtient son affranchissement en sauvant le fils de son maître des dragons béotiens (équivalent antique du lance-flammes) lors d’une bataille entre les rebelles démocrates de Thrasybule (en voilà un qui mériterait bien un roman antiquisant ! blink) et les oligarques extrémistes de Critias. Une mise en place d’une belle efficacité qui nous plonge au cœur de l’action. Action qu’on retrouve beaucoup moins par la suite, mais l’auteur n’avait pas pour ambition de réaliser un actionner.
Dans Détruire Carthage de David Gibbins, on nous racontait l’historie de Scipion Emilien à travers les yeux de Fabius, dans La Marche des Dix Mille, Michael Curtis Ford nous raconte l’histoire de Xénophon à travers les yeux de Théo.
Dans les 2 cas j’aime eu bien du mal à retrouver les sensations épiques offertes par le prologue, mais Michael Curtis Ford nous offre néanmoins une belle histoire humaine, là où David Gibbins s’enfermait dans une démonstration néo-conservatrice.
Car on nous raconte ici l’épopée des Dix Mille qui eut lieu en 404 avant J.-C, ces mercenaires grecs piégés au cœur de l’Empire Perse après la mort du Prince Cyrus, qui durent effectuer une retraite de 1500 km en territoire ennemis assez pour ne pas très hostile, avec les troupes du satrape Tissapherne aux fesses… Une catastrophe qui n’est pas très loin de la désastreuse retraite de Russie par Napoléon (remember la Bérézina...).

Théo nous conte d’abord sa vie et celle d’Aedon, qui va prendre le nom de Xénophon, aux mains d’un patriarche réac antipathique au possible. Athènes vient de perdre la Guerre du Péloponnèse, doit subir la loi de Sparte et est divisée entre résistants et collabos. Après avoir consulté l’avis de Socrate et l’oracle de Delphes, Xénophon répond à l’invitation de son cousin Proxène et part pour l’Asie rejointe les mercenaires péloponnésiens engagés par le prince Cyrus le Jeune, satrape de Lydie.
C’est donc tout naturellement qu’on retrouve tous les personnages de l’Anabase (Xénophon donc, mais aussi Cyrus, Artaxerxés et Tissapherne, Cléarque, Proxène et Chirisophe) donc peu de surprise pour est familier du texte originaire ou de l’historie antique, à 3 exceptions près :
- Thémistogène de Syracuse, dit Théo, esclave de maisonnée de Gryffos, du même âge qu’Aedon/Xénophon et qui constitue son jumeau spirituel (et qui finalement est bien plus que cela…)
- Astéria de Milet, fille du satrape Tissapherne, qui après la mort de Cyrus va entretenir une relation amoureuse avec le narrateur (qui comme dans tout bon peplum classique n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais appartient néanmoins au cahier des charges du genre)
- Nikolaos, le sympathique commandant des frondeurs de Rhodes, qui apporte son soutien autant à Xénophon qu’à Théo…
Esclave et serviteur d’abord, affranchi et écuyer ensuite, Théo est le narrateur à la 1ère personne des aventures de Xénophon, mais une fois rejoint son cousin Proxène en Asie Mineure, Xénophon s’efface pour que le narrateur vivre sa propre histoire. Xénophon revient ensuite dans le récit en prenant la décision de prendre la tête des Dix Mille suite à un rêve prophétique où Zeus lui est apparu en épiphanie, mais le narrateur et son ancien maître n’apparaissent plus jamais vraiment ensemble, et n’ont plus aucun dialogue l’un avec l’autre… Théo plus que son jumeau spirituel, plus qu’un double ou une doublure, est sa deuxième personnalité, qui exprime les espoirs, les craintes et les peurs que Xénophon, à la tête de l’expédition, ne peut exprimer à sa voix haute. D’ailleurs l’ambigüité est levée par plusieurs passages où le narrateur passe du « il » au « je » en parlant de Xénophon. ^^ Ce qui amène une dimension psychologique, voire psychanalytique au récit.
L’Anabase est signé du nom de Thémistogène de Syracuse, mais dès l’Antiquité tout le monde a reconnu Xénophon derrière le nom d’emprunt. Pourquoi ne pas avoir choisi de signer de son nom le récit des exploits qui l’ont rendu célèbre ? L’auteur lance quelques pistes dans son récit…


Vu l’évolution des prises de position de Xénophon, on ne pouvait pas échapper à une forme de Sparte cheering. ^^
Spoiler:
On nous rappelle souvent combien ils sont disciplinés, et résistants et valeureux, dormant à même le sort et se contentant comme ration de bouillies infâmes qui refusait un animal… Bref les Spartiates, c’est tous des John Rambo en puissance !!!
Pour rappel l’auteur issu d’un milieu conservateur qui a participé au régime des Trente Tyrans (voire a activement aux escadrons de la mort du régime, ce qui aurait incité le personnage à quitter la Cité-Etat démocratique pour ne jamais y revenir), a soutenu le mode de gouvernement oligarchique avant de soutenir le mode de gouvernement monarchique à la fin de sa vie.
A un moment Chirisophe et ses Spartiates commencent à faire bande à part en disant que les Spartiates devaient laisser tomber les autres soldats jugés inférieurs donc inaptes à la survie, comme ces dernier savait laissé tomber les civils jugés inférieurs donc inaptes à la survie… Et là Xénophon pète un câble en laissant entendre qu’ils n’ont qu’à aller chez Hadès s’ils le veulent, mais sans la cavalerie, sans les frondeurs et sans le ravitaillement porté chaque jour que les dieux font par les « inférieurs ». ^^
Ah Sparte ! La cité qui a tellement rehaussé ses critères de citoyenneté, que son corps civique est passé de 10000 à 800 en 1 siècle seulement (plus les choses changent, plus elles restent les mêmes, puisque pas plus tard que cette semaine j’ai entendu une prescriptrice d’opinion expliquer qu’il fallait rétablir le suffrage censitaire pour retirer aux pauvres leurs droits civiques car ces derniers ne votaient jamais comme il fallait… Gros soupirs…)
Et c’est assez amusant que Xénophon/Théo qui déteste son père hautain et asocial, finisse par considérer comme un père spirituel Cléarque, qui sort du même conservateur et réactionnaire. Surtout quand on sait que Gryffos et Cléarque ont combattu des années l’un contre l’autre des années durant lors de la Guerre du Péloponnèse, et se haïssaient mutuellement…
Tout cela est destiné à expliquer les changements de l’Athénien Xénophon, qui va devenir plus spartiate que les Spartiates…
Et quand il mentionne la mort probable de son père, parle-t-il de Gryffos ou de Socrate ? là aussi le texte reste ambigu et évasif…

Et l’auteur n’est pas dupe des décisions, des propos et des valeurs de ses personnages.
Spoiler:
J’ai eu un peu peur initialement quand il explique en avant-propos que les méchants Perses ont œuvré à la chute de la très démocratique Athènes (démocratique en interne seulement, parce qu’en externe bien souvent la loi du plus fort… voir la controverse des Méliens de Thucydide). Ouais, ben si la politique des shahanshah iraniens a conduit à la chute du 1er empire athénien, elle a aussi conduit à la constitution du 2e empire athénien… ^^
D’un côté les Grecs multiplient les discours hautains sur la supériorité de la race hellène par rapport aux races orientales, car ils sont persuadés d’être les plus forts, les plus endurants, les plus courageux et les plus intelligents de tous les hommes.
D’un autre côté ces mêmes Grec meurent connement en masse de chaud, de froid, de faim, de soif ou de fatigue parce qu’ils ne connaissent rien de rien à la géographie, à la climatologie, aux coutumes et aux mœurs des pays qu’ils traversent… On dégage les traducteurs indigènes parce qu’ils ne servent à rien au combat, puis après on rouspète de ne pouvoir communiquer avec les Kurdes, les Arméniens, les Taoques et les Colques qui les combattent car ils les craignent (bien souvent à juste titre…). On dégage les civils parce qu’ils ne servent à rien au combat, puis après on se retrouve sans forgeron pour réparer leurs armes, et sans tanneur pour réparer les sandales… Et on meurt connement de gangrènes aux pieds en traversant les Monts Taurus enneigés… Bien fait pour eux !

Et quand le narrateur est au bord du gouffre, qui lui vient en aide ? Ses camarades grecs ???
Non, des lépreux syriens d’abord, des pécores arméniens ensuite, une métisse iranienne enfin… (3 beaux passages d’ailleurs)
Cela fait du bien, un Moderne qui n’est pas dupe des relents parfois fascistes et racistes des Anciens, alors qu’on a encore des bien-pensant qui continuent à tout gober en parlant de basanés barbares et de colorés qui n’ont jamais eu d’histoire… VDM

Bon après c’est un peu ballot qu’un ouvrage consacré à une aventure aussi époque et tragique à la fois, soit aussi peu couillu niveau action et suspens (c’est sans doute le revers de la médaille de la narration à la première et des réflexions intimistes qui y sont liées).
Et on n’échappe pas à des éléments qui appartiennent clairement au cahier des charges du gens… :
- la manière d’amener de et développer la roman entre Théo et Astéria est un peu maladroite, voir bancal
- les personnages secondaires apparaissent en dents de scie, ce qui donne une impression de discontinuité dans le récit
- les confrontations avec Antinoüs sont à chaque apparition de plus en plus forcée (mais il fallait bien un méchant)
… J’ai la flemme de tous les lister, et je n’ai pas envie de casser du sucre sur le dos de ce livre historique sympathique.
Spoiler:
Sinon c’est aussi dommage que le récit s’arrête au fameux « Thalatta ! Thalatta », car cela nous prive d’intéressantes pistes de réflexion sur les conséquences de l’aventure des Dix Mille. Car les mercenaires rescapés après avoir pillé et terrorisé les indigènes orientaux, vont pillé et terrorisé leurs compatriotes grecs…. Et c’est armée mercenaires complètement autonome va être crainte voire méprisée dans toute la Méditerranée Orientale.
Ces vétérans qui rentrent dans leur pays, peu heureux de les voir revenir… C’est un peu comme les GI’s de retour du Vietnam. A quand un John Rambo antiquisant ? (on me souffle dans l’oreille que l’Odysseus d’Arte était allait dans cette voie)
Si les mercenaires furent bien occupés durant tout le IVe siècle avant J.-C. par les luttes de pouvoirs entre Athènes, Sparte et Thèbes, le problème réapparu à un échelle plus grande encore après les conquêtes d’Alexandre, et si les incessantes querelles entre Diadoques puis entre Epigones ont offert des emplois à des milliers des mercenaires, ces derniers prirent parfois leur destin en main pour être au centre des relations internationales au IIIe siècle avant J.-C.


J’ai lu ce Ten Thousand de l’américain Michael Curtis Ford après le Ten Thousand du nord-irlandais Paul Kearney (qui est rangé en Fantasy, mais qui est si peu Fantasy et tellement historique qu’on se demande un peu pourquoi il relève encore de la SFFF), qui lui était supérieur sur tous les plans… Mais il constitue une lecture qui reste sans nul plaisante et intéressante.
Quels sont les autres personnages historiques mis en avant par la bibliographie de l’auteur ?
Mithridate VII Eupator, Julien l’Apostat, Attila… Miam ! ^^
Un mot pour finir sur le travail effectué par l’éditeur Eclipse, vraiment de bonne facture : un papier épais, une mise en page agréable, des cartes, une postface d’Isabelle Gonon, un glossaire, un dramatis personnae. Encore du bel ouvrage pour la collection « Invicta », parce que les éditeurs qui rognent sur la qualité du papier et le nombre de pages en supprimant quasiment les marges et en réduisant la police de caractère, j’en ai un peu ma claque car cela gâche le plaisir de lecture…


Dernière édition par Albéric le Lun 2 Fév - 19:37, édité 1 fois

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White Square Re: Michael Curtis Ford, La Marche des Dix Mille

Message par Dark schneider le Sam 1 Nov - 11:33

Cool la critique, je t'avoue que pour le coup je ne suis pas très motivé par ce roman, ma pal est bien trop importante pour que je la chamboule... je pense d'abord lire le Kearney et le Manfredi sur le même sujet que celui-ci.
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Dark schneider
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White Square Re: Michael Curtis Ford, La Marche des Dix Mille

Message par Albéric le Sam 1 Nov - 20:36

Dark schneider a écrit:Cool la critique, je t'avoue que pour le coup je ne suis pas très motivé par ce roman, ma pal est bien trop importante pour que je la chamboule... je pense d'abord lire le Kearney et le Manfredi sur le même sujet que celui-ci.
pourtant, il commence vraiment bien celui-ci :
Puis les dragons se réveillèrent.
Des boules de feu jaillirent de nulle part dans une horrible odeur de souffre ; le liquide dont elles étaient composées aspergeait corps et visage, et enflammait les chairs dans un concert de hurlements.les jets de flammes meurtriers, logs de dix à quinze mètres, se succédaient sur toute la largeur de l’ouverture ; il en giclait trois à la suite, suivis d’une courte pause, comme si les créatures infernales reprenaient leur souffle. A la lueur du brasier nous distinguions les silhouettes miroitantes des rebelles, leurs yeux changés en trous noirs dans la profondeur des casques, leurs dents jaunes dessinant d’affreux sourires tandis qu’ils s’échinaient à la tâche.
Les cris d’agonie et la puanteur de la chair brûlée emplirent l’air autour des Athéniens. Les soldats des premières lignes rôtirent vivant dans leur cuirasses, leurs membres racornis et carbonisés comme ceux d’araignée tombées par accident dans les flammes d’une lampe.

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