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Brandon Sanderson, Elantris

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White Square Brandon Sanderson, Elantris

Message par Albéric le Mer 27 Aoû - 18:53



Résumé :
Jadis, Elantris était splendide. On l’appelait la cité des dieux, elle rayonnait de pouvoir. La légende dit que ses habitants étaient immortels. Force, vitesse, perspicacité : ils pratiquaient la magie d’un simple mouvement de la main. On venait de très loin pour admirer Elantris et profiter de ses richesses.
Jadis, le Shaod était une bénédiction. Magie bienveillante, elle frappait au hasard, souvent la nuit, aussi bien le voleur que le marchand, le noble et le guerrier, hommes, femmes et enfants. Ceux qui étaient choisis ne vieillissaient plus et pouvaient vivre dans les murs d’Elantris, une vie libre et éternelle.
Cette éternité a pris fin il y a dix ans.


Des fois que je m'oublie pas la suite, les 2 couvertures d'Alain Brion sont vraiment sublimes.


Dernière édition par Albéric le Mer 26 Oct - 10:21, édité 1 fois

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White Square Re: Brandon Sanderson, Elantris

Message par psysco le Jeu 28 Aoû - 18:09

J'ai beaucoup aimé Elantris, l'histoire étant très surprenante et de bonne qualité. une découverte de Sanderson à faire.
Que les dieux oubliés vous gardent !
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psysco

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White Square Re: Brandon Sanderson, Elantris

Message par Albéric le Ven 29 Aoû - 10:25

Désolé Oncle Kiin, désolé psysco...


Je suis très déçu de l’auteur qui ma ravi avec Fils-des-Brumes. J’aurais pu le lire avec plaisir ou tout du moins sans déplaisir, si je n’avais levé les yeux au ciel et poussé de gros soupirs à chaque chapitre devant l’idéologie balourde, le prosélytisme lourdingue et les trucs qui seront réutilisés dans tous ses livres postérieurs, parfois tels quels…
Donc c’est parti pour une critique 100% mauvaise foi dans le style de l’Odieux Connard. Si vous n’avez pas envie de rager avec moi, passez directement à la conclusion, car pire que les poncifs de la Big Commercial Fantasy, pire que le conservatisme d’une certaine Fantasy, on a affaire ici à de la Christian Fantasy tant j’ai lu des romans consacrés au christianisme contenant moins de bondieuseries que celui-ci (je n’ai aucune haine contre le truc hein, mais j’aime être prévenu quand un bouquin a été conçu par et pour des grenouilles de bénitiers).

Brandon Sanderson comme J.J Abrams veut réconcilier l’Amérique moderne et l’Amérique profonde autour des valeurs de l’Amérique éternelle, sauf qu’entre progressisme mou et conservatisme light on reste dans le politiquement correct américano-américain qui peut vite devenir lassant voire saoulant de ce côté-ci de l’Atlantique.
La mise en avant de l’anarcho-capitalisme, des mérites de la libre entreprise, de la supériorité de la démocratie représentative par rapport à la démocratie participative (jugée dangereuse car égalitariste donc crytpo communiste), de la destinée manifeste du Nouveau Monde par rapport au Vieux Monde qui a failli et autres « God Bless America » et « In God We Trust »… ne me parlent absolument pas, mais doit ravir un lectorat qui connaît par cœur les discours des Pères Fondateurs. (Gros soupir.)
L’auteur se trahit, oubliant ça et là son univers médiéval fantastique censé servir de paravent aux opinions politiques, économiques, religieuses et morales, reprises en cœur par les sermons du Prince Raoden et les prêches de la Princesse Sarène, cousin et cousine de Richard Cypher et de Kahlan du cycle de L’Epée de vérité. (Gros soupir.)
Sinon, on bien aussi que l’auteur fait partie de l'Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours… (Gros soupir.)
Reprenons commençons par le commencement…
Il existe plusieurs écoles et courants assez marqués géographiquement dans la SFFF américaine, comme le southern gothic du Vieux Sud, l’urban fantasy des scriblies de Minneapolis ou l’écurie grimm & gritty de Santa-Fe dirigée par GRR Martin... Brandon Sanderson fait partie lui de la mormon connection du Middle West (à laquelle appartient Stephenie Meyer par exemple). Quand il se lance dans son premier roman, il a 30 ans, il est diplômé en écriture créative et a été plusieurs années assistant de Dave Wolverton, le précurseur de la fantasy néo classique américaine, à l’université mormonne de Brigham Young localisée dans l’Utah Nous avons donc affaire à un écrivain professionnel qui connaît toutes techniques des ateliers d’écriture. Que fait-il pour son 1er roman ? Il pioche largement chez David Eddings, le best-seller des années 1980, chez Robert Jordan, le best-seller des années 1990, et chez Terry Goodking, le best-seller des années 2000. Comment voulez-vous que je croie ici en la sincérité de sa démarche ?
Raoden c’est Garion, Sarène c’est Ce’Nedra, Téos et Arélon pourrait appartenir à l’Alorie et les Fjordiens c’est bien sûr les Murgos… Mais là où David Eddings mettait en scène dans Belgariade et Mallorée une allégorie de l’opposition entre un Occident capitaliste et une URSS communiste avec une évolution allant de la Guerre Froide à la Détente, ici l’auteur oppose un Nouveau Monde libéral et protestant à un Vieux Monde autoritaire et catholique, avec son pape dictatorial, ses templiers sans pitié, ses inquisiteurs sans cœur et ses missionnaires jésuites sans âme. Et on en rajoute une couche avec un naming teuton pour faire une analogie avec l’Allemagne nazie, histoire de bien comprendre que le catholicisme c’est le mal absolu. La preuve, Hitler était catholique… (ironie inside)
L’auteur essaie de brouiller les cartes en intervertissant certaines caractéristiques de l’Angleterre et des Etats-Unis puisqu’après une Glorieuse Révolution on enchaîne avec une Guerre d’Indépendance opposant « Loyalistes » et « Patriotes », mais bon au final, on se retrouve avec l’union sacrée anglo-saxonne contre le débarquement imminent de l’Axe du Mal. A ce jeu d’ailleurs la République Duladène reprend le rôle jadis dévolu à feue la IIIe République durant les années 1930. Et pour faire bonne mesure on a affublé ses habitants de tous les clichés habituellement attribués aux frenchies (une dualité arrogance / insouciance, une dualité aristocratie / citoyenneté, un peu antinomique celle-ci, mais ce n’est pas bien grave puisqu’on nous juge très galants et sont très portés sur la bonne cuisine…)
Du coup, C’était bien la peine d’avoir cédé à la tentation d’un naming aussi inutilement compliqué où Jindoais = Juifs, Shu-Késeg = christianisme, Sku-Déreth = catholicisme, Sku-Korath = protestantisme, Wyrn = pape, Jaddeth = Jésus, Domu = Dieu…
Oui car en plus on fait tout ce qu’il ne faut pas faire en fantasy avec ce chapitre 3 digne d’une caricature de Boulet :
http://www.bouletcorp.com/blog/2010/05/21/fantasy/
Spoiler:

Au loin on voit les contreforts des montagnes Dathréki tandis que le gyorn Hrathen est accueilli par l’arteth Fjon à Kaë, capitale du royaume d’Arélon. Dans toutes les nations de la Sycla, ce continent appelé par les Arélois Opélon, on obéit à l’empire fjordell. Les nations tremblent devant le Saint Empereur Wyrn Wulfden le Quatrième, lieutenant sur Terre du Seigneur Prophète Jaddeth. Sa mission est de convertir les adorateurs du Sku-Korath au Sku-Déreth, pour unifier tous les croyants sous la croix du Sku-Késeg…à condition d’éradiquer l’hérésie païenne des Mystères jeskeries. Le premier acte du gyorn Hrathen est demander à l’arteth Dilaf de devenir son odiv et lui juré fidélité en tant que hroden…
Cela ne serait pas si dégoulinant de religiosité, si un POV entier du roman était dédié à un évangéliste en pleine crise existentielle, une récurrence de bondieuseries diverses et variées (je n’ai osé compté les « bénit soit-Il » et cie, sinon j’aurais fait une syncope), un sermon par chapitre, et ce détestable chapitre 11 qui m’a donné l’impression d’être à l’église avec ce « Comment convertir une population à sa religion pour les nuls » remplis de discussions métaphysiques, de débats théologiques, de réflexions sur la bonne manière d’allier passion et logique pour faire un bon sermon et de questionnements sur les intonations et les gestuelles à utiliser pour prêcher devant ses ouailles… (Gros soupir.)
Cela sent vraiment le vécu. Effectivement l’auteur connaît bien la question puisqu’il a été 2 ans missionnaire au service de la foi mormone à Séoul en Corée du Sud… Donc question sermons, prêches, évangélisation, gestion de congrégation, querelles de clochers entre différentes confessions et tout le toutim il connaît ses classiques !
Sauf que moi en bon Français agnostique voire athée, laïque voire anti-clérical, tous ces machins religieux me passent complètement au-dessus de la tête quand ils ne m’insupportent pas au possible ! (Très gros soupir.)
Les païens jeskeris sont des crypto-satanistes, les athées Iadon et Telrii sont de vilains hypocrites à qui il est reproché de ne rien faire pour le bien-être spirituel de leur nation (donc ils mourront salement, logique), les Elantriens panthéistes ont failli, les Jindaoais sont bien gentils mais trop soumis, eux qui préfèrent vivre sous la coupe d’un dictateur qui ne les laissent pas libre de leurs croyances, au lieu de se rebeller, et les Déréthéris sont tous des hérétiques ou des mécréants qui ne comprennent rien aux voix du Seigneur… Non, le mieux pour vivre en paix et en harmonie avec la Divine Providence c’est le Shu-Korath, mais encore faudrait-il réformer celui-ci pour mieux se rapprocher du Seigneur… (Gros soupir.)
Dis donc Brandon, tu ne serais pas en train de nous vendre le mormonisme par hasard ?
Et au lieu de faire du catholicisme bashing pour brosser ton lectorat attendu dans le sens du poil, tu aurais pu faire un détour par les écoles de redressement protestantes dans les Îles Philippines, là tu aurais été servi niveau brimades et lavages de cerveaux… Encore que, je me demande si le personnage du missionnaire traumatisé par son passage au monastère de Drathor, qui leur ressemble étrangement, ne serait pas une forme de catharsis ? mystère et boule de gomme


Revenons ensuite sur l’histoire construite autour de 3 personnages principaux, qui accélère au fil de chacune des 3 grandes parties. En effet les chapitres raccourcissent au fil de l’histoire, pour ne faire plus que 2 à 3 pages à la fin du roman.

* Nous suivons l’optimiste et altruiste Prince Raoden âgé de 20 ans, frappé par la malédiction du Shaod et obligé de rejoindre la ville fantôme d’Elantris, autrefois capitale merveilleuse peuplée de demi-dieux aux pouvoirs fabuleux.
Spoiler:
Depuis 10 ans la magie s’est éteinte, et si ses habitants sont restés immortels, ils ne guérissent plus, le moindre bobo devenant ainsi éternel. Ils souffrent aussi horriblement de la faim et de la soif, puisqu’étant mis au ban de la société mais immortels quand même, leurs anciens sujets arélois les laissent livrés à eux-mêmes sans eau ni nourriture…
J’ai parfois eu l’impression que la Nouvelle Elantris ressemble à la Nouvelle Orléans. Pourtant le livre écrit en 2005 précède la catastrophe de l’ouragan Katrina (encore que la vraie catastrophe, ce fut l’incroyable incurie des autorités américainez avant, pendant et après les événements)… Peu importe, on sent bien le côté post-apo voir zombifique de cité morte. Cela aurait pu être beaucoup mieux, exploité, mais si l’auteur exploitait vraiment ses cadres dans ses romans, on le saurait depuis le temps. Mais c’est quand même se satura.
Officiellement déclaré mort, il change d’identité et redémarre de zéro. Mais à peine ami avec le fidèle et jovial Galadon, il va se mettre martel en tête d’améliorer les conditions de vie matérielles et spirituelles de ses nouveaux citoyens, et refaire fonctionner la magie d’Elantris pour lever la malédiction qui les frappe tous.
Le projet est ambitieux puisque que le ghetto est dirigé par 3 bandes qui rackettent les nouveaux arrivants avant qu’ils ne deviennent des Hoëds, des épaves humaines gémissantes survivant dans une douleur perpétuelle (qui ne sont pas sont rappelés les non-mourants de la 4e saison de la série télé Torchwood, le spin-off du Doctor Who). Raoden va pourtant rallier à tout le monde à lui par la magie de Verbe, qui ressemble bien souvent aux techniques managériales de gestion de groupe. J’ai toujours eu de la sympathie pour la « pensée positive », mais bon là tout le monde adhère aux discours du Prince qui se résument à « I had a dream » (encore que, lesdits discours sont remplis d’aphorismes genre « aide-toi et le Ciel t’aideras » ou « le travail rend libre », enfin plein de trucs qui sentent un peu le libertarisme). Et puis bon, la grosse baston entre bandes rivales qui est évitée par un beau discours sur « aimez-vous les uns les autres »… (Gros soupir.)
On a donc des passages nettoyage, artisanat, construction et agriculture au fur et mesure qu’il réorganise les Elantriens. C’est quand même incroyable que tout le monde ait attendu un prince qui n’a jamais travaillé de sa vie pour se prendre en main. Il n’y avait donc personne pour penser aller récoler les fruits et les légumes dans les nombreux verges et jardins de la cité ??? Raoden (ré)organise la communauté donc, mais ressemble de plus en plus à une congrégation tant on sent l’allégorie du bon berger devant guider son troupeau vers… la rédemption et le Salut ? (Gros soupir.)
En plus, les personnages semblent quitter le récit en se fondant dans la masse au fur et mesure que la communauté grandit. (Attention spoiler.) L’exemple type c’est Karatala chef de bande qui nous est présentée comme impitoyable : elle offre la tranquillité à Raoden et aux sien en échange d’un aller-retour au palais. On tease sur une vengeance contre le roi, on maintient le suspens sur l’assassinat d’un garde (le héros va-t-il passer du côté obscur ?). En fait, elle voulait juste revoir sa fille, et le garde qu’on a failli tuer était son mari avant que la malédiction ne la frappe. Sauf qu’on ne reverra jamais ni l’un, ni l’autre, et qu’après avoir expliqué que le personnage est la protectrice des enfants d’Elantris, il s’effacera peu à peu avant de réapparaître dans le grand final en sacrifiant pour le héros et pour sa cause
Le grand mystère d’Elantris et un peu éventé dès la première page, du coup les révélations sont un peu bancales.
Les glyphes magiques sont basés sur la géographie du pays mais ne fonctionne plus depuis 10 ans ?
Ne serait-ce pas du par hasard à cause cette faille qui a déchiré le pays il y a tout juste 10 ans ? Finalement, il suffisait de rebooter le système en retraçant le glyphe central de la cité et de reconfigurer les glyphes.
Et c’est encore une fois le prince qui ne connait les arcanes de la magie ni d’Eve ni d’Adam, sans mauvais jeu de mot, qui trouve la solution à l’énigme sur laquelle ont séché tous les érudits magiciens élantriens ? Mouais, bof bof : encore un coup de cette satanée Divine Providence, d’autant plus que cela devient confus tellement les allégories religieuses sont mises en avant : Raoden souffre le martyr (= chemin de croix), il est immergé dans le lac d’Elantris (= baptême), puis après une épiphanie puis il refuse de se laisser mourir (= Résurrection) avant de sauver tout le monde (= Salut).

* Nous suivons la courageuse et résolue Princesse Sarène âgée de 25 ans, rebelle mais pas trop quand même… (Gros soupir.)
Spoiler:
Malgré sa position inhabituelle (jeune veuve esseulée en pays étranger d’un homme qu’elle n’a jamais rencontré), je n’avais pas compris pourquoi elle qui est aussi forte de caractère, belle, jeune, intelligente et richissime, se tape un grosse déprime d’entrée, au point que l’auteur se sent obligé de lui adjoint toute une tribu familiale sortie du chapeau pour lui remonter le moral : Oncle Kiin, Daora, Lukel, Jassa, Adien, Kaise et Daori (je me suis laisser entendre dire que ces derniers seraient les héros d’Elantris 2)
Sarène est veuve avec impossibilité de se remarier : elle le vit comme une malédiction qui ruine son existence présente et à venir. WTF ? Ah oui, mais en fait c’est parce qu’elle est mormone et que dans le mormonisme les rapports sexuels hors mariage sont strictement interdits sous peine d’exclusion de la communauté, donc elle se lamente par avance de mourir vieille fille et pucelle sans avoir connu l’Amoûr… (Gros soupir.)
Mormonisme encore, hommes et femmes discutent rarement ensemble, Sarène échappant au destin de femme au foyer par son veuvage princier, donc on a un côté des réunions tupperware avec des tirades sur le jardinage, la décoration d’intérieure, la broderie et la cuisine entre 2 leçons d’escrime (car Sarère est sportive et défend la cause féminine), et d’une autre côté un salon de thé sudiste où on discute exportations, productivité des plantations, et possible voire probable abolition de l’esclavage C’est assez déroutant d’entendre des comtes et des ducs parler comme des managers d’entreprise avec le vocabulaire idoine : coût de production, retour sur investissement, taux de rentabilité…
Sarène reprenant la tête du parti de son défunt fiancé, on fait la critique du capitalisme sauvage mis en place par le roi Iadon. Mais que propose-t-on pour y mettre fin ? Un édit d’émancipation qui permettra à chacun d’avoir un lopin de tête et de participer à la Conquête de l’Ouest (Gros soupir). C’est le progressisme à l’américaine qui parfois semble s’être arrêté en 1865, et d’avoir été ranimé dans les années 1960 avant d’être euthanasié dans les années 1980. A ce niveau-là, je ne sais pas si la Guerre Froide a gelé les mentalités ou si les discours de l’Oncle Picsou ont réussi à formater plusieurs générations d’affilée.

* Nous suivons également le gyorn Hrathen, un prédicateur envoyé en mission par son maître : il a 3 mois pour convertir l’Arélon à la foi déréthie, après quoi il enverra l’armée s’occuper de la question.
Spoiler:
Il veut éviter au pays un bain de sang, puisque c’est lui qui a œuvré à la conversion de la République duladène qui s’est achevé par une révolution meurtrière (l’allégorie de la France devait forcément connaître une révolution, une guerre civile, et quelques émules de Dupont de Nemours, l’un des plus célèbres nobles exilés en Amérique, sinon on n’aurait pas été raccord).
Il pense avoir trouvé avec Sarène un adversaire à sa mesure de son intellect et va se prêter au jeu de leur confrontation.
Mais il se pose bien de question sur sa foi tout en prêchant et en sermonnant, en achetant des conversions, en organisant de faux miracles où des pogroms anti-élantriens pour souder les gens dans la haine de son prochain (et pas dans l’amour de son prochain et gnagnagna... Et puis zut hein, j’en ai déjà tellement parlé !)

Le prince et la princesse idéalistes font plus jeunes que leur âge dans leur comportement, sans doute parce que trop coulés dans des stéréotypes adolescents de la Big Commercial Fantasy toujours résolument Young Adult. Ils sont chacun accompagné d’un Scooby Gang qui au-delà de péripéties parfois de remplissages, ne servent bien souvent que d’auditoire à l’un ou à l’autre, et une bonne partie des personnages quittera le récit une fois que le Prince et la Princesse pourront se donner mutuellement la réplique. On remet rarement en cause les grands discours des uns et des autres, puisque qu’après tout les héros défendent toutes les causes qui méritent d’être défendues, et régulièrement les personnages servent souvent de chiens de garde aux personnages principaux, et au-delà il n’y a plus que des moutons…
Ça fait 10 ans qu’on envoie les gens maudits par le Shaod à Elantris, sans aucun espoir de guérison ou de rémission.
Mais Hrathen guérit « miraculeusement », et là tout le monde fait alléluia et se convertit en masse.
Ensuite Sarène guérit elle aussi « miraculeusement », montrant ainsi que tout cela n’a rien à voire avec la Divine Providence, mais personne ne se pose de question, et puis bis repetita quand on assiste à un 3e miracle avec la guérison de Raoden, car là aussi personne ne se pose de question. 3 miracles en 3 semaines et tout le monde trouve cela normal…
Bergers, chiens, moutons. On est dans l’imagerie chrétienne stéréotypée. Il ne manque plus que les loups s’attaquant au troupeau du Seigneur. Comment s’appelle le méchant déjà ? Wulf, qui veut dire « loup » en allemand… (Gros soupir.)

Chacun dispose néanmoins d’un side-kick pour lui rappeler qu’ils ne sont pas parfait et qu’il faut rester humble :
-on rappelle à Raoden que son optimisme est écœurant et qu’on son immunité à la résignation est surnaturelle
- on rappelle à Sarène que malgré son intelligence, son art de rhétorique et sa maîtrise des intrigues qu’elle reste une femme avec des sentiments
- on rappelle à Hrathen qu’il n’est malgré son rang, il n’est qu’un serviteur du Seigneur qui doit démontrer sa foi…
On pousse même le vice à respecter les quotas ethniques en intégrant des afro-américains dans un univers médiéval-fantastique 100% anglo-saxon : Galadon et le baron Shuden sont grands, musclés et exotiques avec leur peau noire et leur bonne humeur permanente… (Gros soupir.) Je ne sais pas si c’était conscient ou inconscient, mais du coup ça donne aussi un côté un Tom Sawyer très attachant à l’aventure de Raoden à Elantris. Je suppose que cela doit être des réminiscences de sa formation littéraire, car il y a un petit côté Mark Twain pas déplaisant du tout qui revient assez régulièrement dans ses œuvres.


Les 75 dernières pages sont très bien, géniales voire kiffantes. Sauf que j’ai eu l’impression que l’histoire commençait là, tant toute ce qui précède semble n’avoir servi que de remplissage pour atteindre un quota de page à remplir, mas les combats sont un confus et tout déboule de nulle part en même temps avec 1 révélation par page

D’un côté on a donc une succession de mini intrigues / mini-scènes qui sont là pour faire avancer le schmilblick sans  que lecteur ne s’endorme : Attention spoilers only
Spoiler:
* Le terrible chef de bande Shaor est… la fille du Duc Telrii !
Gros twist, sauf qu’il ne servira à rien du tout par la suite, le personnage comme tant d’autres disparaissant du récit.
* le roi Iadon qui n’a foi en rien est… un païen jeskeri qui verse dans le satanisme !
Gros twist, sauf que le roi se suicide et que plus personne ne reparler de cette secte sanguinaire.
Sarène nous explique qu’il là voir l’explication des disparitions des servants et des servantes. Sauf que cela a été mentionné 2 ou 3 fois en 400 pages, alors qu’on répète à l’envie que les Arélois préfère décréter la mort ou la disparition de leurs proches plutôt que monter à tous qu’ils ont été atteint par la malédiction. Bref, un twist mal exploité, ce n’est ni le premier, ni le dernier mais il fallait en mettre un à cette endroit pour que la mécanique du roman continue de tourner
* Kaloo l’aristocrate duladène en exil est… le Prince Raoden déguisé !
A part nous offrir un détournement du Don Diego de la Vega de Disney, ça n’est finalement qu’une péripétie de remplissage qui n’est là que pour apporter un capital sympathie au Prince et à la Princesse et à faire avancer leur romance, mais sans aucun contact physique avant le mariage à l’Eglise. On est dans le mormonisme les gars !

D’un autre côté on a donc une avalanche de révélations qui ne peuvent pas être exploitées vu qu’elles surviennent à la toute fin : attention spoilers only
Spoiler:
* Oncle Kiin est… le seigneur pirate légendaire Dréok Brisegorge et le véritable roi du Téod !
Sauf que comme le personnage a joué les pots de fleurs durant 500 pages, ce twist ne sert qu’à expliquer sa grosse hache et ses talents de combattants qui s’expriment dans le grand final uniquement… A moins que le personnage ne soit développé dans une suite éventuelle…
* « Rainman » Adien est… un Elantrien !
Sauf que le personnage est à peine mentionné 2 fois en 500 pages, donc en fait il n’existe que pour permettre la téléportation de Raoden au Téod puisqu’il connaît le nombre exact de pas entre les 2 royaumes.
* Le gyorn Hrahten est … tombé amoureux de Sarène !
Comme ça n’avait jamais été suggéré en 500 pages, c’est juste là pour justifier son comportement héroïque de  chevalier blanc dans le grand final, mais comme le personnage meurt avant de pouvoir effectuer la moindre déclaration de flamme, ça n’a servit à rien à part initier un triangle amoureux bidon car platonique à quelques pages de la fin. Mais tout est bien qui finit bien, puisque par contre il aura eu le temps de retrouver la foi, de se réconcilier avec Dieu et de se convertir à la bonne religion.
* Diraf n’agit pas par fanatisme mais… par vengeance ! D’ailleurs il n’a pas 20 ans mais 70 ans, et il n’y pas arteth mais gradget, et en plus c’était l’instructeur de Hrathen au monastère maudit de Drathor.
Mais comme ça déboule de nulle part et que ce n’est pas exploité, cela ne sert à rien à part montrer que les méchants ne sont si méchants que cela puisqu’ils ont un raison d’être méchants, donc qu’ils ne sont au-delà de toute forme de rédemption, à part le grand méchant ultime aryen et catholique qui lui est vraiment très très méchant.

Bref, l’auteur applique la même formule à tous les livres du coup toute la mise en scène devient artificielle :
début qui plonge tout de suite le lecteur dans le truc => présentation des personnages, de l'univers, des enjeux => scène d'action/intrigue A => interrogation sur nouveaux éléments arrivés dans la scène A => scène d'action/intrigue B => interrogation sur nouveaux éléments arrivés dans la scène B => scène d'action/intrigues C => interrogation sur nouveaux éléments arrivés dans la scène d'action C => final explosif => fin ouverte avec cliffhangers de dernière minute à la J.J Abrams qui nous en apprennent plus que tout ce qui précédé, censés faire le lien avec la/les suite(s) éventuelle(s), Brandeur Sanderson franchisant toutes ses histoires comme le réalisateur/producteur.


Et il y a aussi des passages où j’ai eu envie de secouer les personnages tellement ils sont naïfs :
Spoiler:
Dans Fils-des-brumes, les rebelles discutaient tout un tome des mérites comparés de la monarchie parlementaire et de la République (un débat passionnant pour les anglo-saxons mais un peu abscons pour les autres), tandis que les sbires du dictateur déchu sillonnaient le pays en faisant à peu près ce qu’ils voulaient. Et malgré des rapports alarmants, personne ne s’en inquiétait. Et à la fin du tome, les héros pleuraient leur mère lorsque leur tombe sur le coin de la tronche le contre coup d’Etat des Inquisiteurs d’Acier...
Bon ben, les rebelles naïfs qui tel Richard Cypher et ses compagnons tombent dans tous les pièges qui leur sont tendus, ils étaient déjà là dans Elantris…
* Eh oh les révolutionnaires en herbe, cela fait des pages et pages que vous complotez à voix haute et que rien n’est décidé donc il ne faudra pas vous étonnez si échouez hein. Et puis vous ne prenez même pas les mesures de discrétion et de sécurité indispensables à tout apprenti intriguant… Ah tiens, l’un ces comploteurs s’esquive discrètement, je me demande si ce n’est pas le signe précurseur… Ah oui, effectivement il revient 1 page plus loin avec la garde royale au grand complet qui déroule le tapis rouge au roi qui s’est déplacé en personne pour déclarer « traîtres félon, tous en prison ! »
« Sarène était totalement sidérée. Elle ne pouvait ni bouger ni parler. Pour elle, les traîtres avaient toujours le regard aussi sombre que leurs desseins. Elle n’arrivait pas à considérer Ahan de cette façon. L’homme était arrogant et impétueux, mais elle l’aimait bien. Comment quelqu’un comme lui pouvait agir de manière aussi horrible ? »
Bien fait pour elle, on ne mérite d’aller au bout de sa révolution en étant aussi naïf !
* Eh oh les patriotes en herbe, il y a aussi cette recrudescence de mystérieux mecs baraqués et encapuchonnés à l’accent germanique qui déboulent tout droit de l’empire totalitaire dont tout le monde craint une invasion imminente… Cela ne vous a pas mis la puce à l’oreille que l’annexion était déjà en préparation ? Les morts un peu louches de Telrii et d’Eondel, les 2 seules personnes à la tête d’une force armée viable dans le pays, cela ne vous a pas mis la puce à l’oreille non plus ?
* Ben oui, ce n’est comme si Dilaf n’avait pas participé à tous les mauvais coups depuis le début du roman, et puis ce n’est pas non plus comme s’il n’avait pas participé à répétition à des sacrifices humains… Avec sa grandes intelligence, son art de la rhétorique et sa pratiques des intrigues, cela ne lui est pas venu à l’esprit d’avertir ce Hrathen que son bras droit était un gros taré psychopathe qui magouillait dans son dos. Oui mais, non, elle était trop occupée à défendre la cause féminine, à animer son salon de thé sudiste et à jouer son rôle de desperate housewife (fiancée, mariée et veuve 2 fois, mais la 3e sera la bonne !)… Histoire de bien être surprise à la fin quand tout s’écroule d’un coup !


Le Prince et la Princesse, grâce à leur courage et leur efforts, aidés par le martyr de Martin Luther Hrathen et par la Divine Providence, refonde le mormonisme pour assurer le Salut de l’Arélon. Si on fait une totale abstraction de la mélasse religieuse prosélyte qui transparaît dans ses personnages et transpire 1 page sur 2, c’est un premier roman bien écrit qui se laisse plutôt agréablement lire. L’auteur est un peu magicien, car il est très doué pour donner vie à des personnages et à les rendre sympathiques en quelques pages, mais comme il fait toujours le même tour, on finit fatalement par repérer les trucages et la magie n’opère plus…
Mais Dieu merci, sans mauvais jeu de mot, l’auteur a lâché du lest sur ses convictions religieuses dans ses romans suivants, mais on retrouvera bien souvent la théocratie dictatoriale, le clergé autoritaire, le personnage religieux en pleine crise de foi et la figure christique qui va souffrir et mourir pour la rédemption de son peuple. Il y en a même qui ressuscitent pour délivrer un dernier message à leurs apôtres avant de monter aux cieux. Ça et les romances mormones qui interdisent le moindre contact physique avant le mariage, les worldbuildings et les backgrounds de Potemkine, les emprunts aux ouvrages de David Eddings, et les 500 pages de mini intrigues et de mini scènes d’action avant le grand final qui lui déchire toujours sa race. Sacré Brandon !
Par curiosité, qu’en pense la critique presse d’Elbakin.net ? 8,5/10 et une critique qui ne tarit pas d’éloges... Merci pour la marrade ! ^^

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White Square Re: Brandon Sanderson, Elantris

Message par Albéric le Mar 25 Oct - 18:30

les couvertures japonaises :


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White Square Re: Brandon Sanderson, Elantris

Message par Derfel le Mer 26 Oct - 2:05

En passant, toute une critique, ça m'en a pris du temps à lire, j'imagine même pas le temps que ça t'as pris pour la rédiger.

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Derfel
Prince de Dardanie

Date d'inscription : 23/06/2010

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