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Olivier Peru, Martyrs

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White Square Olivier Peru, Martyrs

Message par Oncle Kiin le Mer 24 Avr - 18:33


Résumé :
Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d'un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu'ils se croient à l'abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d’un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d’embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer...




Là, à mon avis, on commence à taper dans l’incontournable en fantasy francophone contemporaine.
Ce n’est pas exempt de défauts, il n’y a pas (encore ?) ce côté parfait de certains chefs-d’œuvre anglo-saxons, mais ça reste une épatante découverte.

J’ai peur de ne pas avoir des masses de trucs à en dire, parce que ça se lit vraiment d’une traite, et du coup je n’ai pas eu le temps de noter grand-chose (je me le suis enfilé en deux soirs ^^).

Évacuons rapidement les « petits trucs qui gâchent un peu » :
-- Quelques tics d’écriture agaçants. Je trouve que ce n’est pas suffisamment édité, ce qui serait banal et sans grande importance dans le cas d’un bouquin plus mineur, mais qui devient beaucoup plus gênant pour un livre doté d’un tel potentiel.
-- Les notes d’humour ne m’ont pas toujours convaincu.
-- Bien souvent, je n’aime pas les titres des chapitres.
-- Un vocabulaire parfois un peu trop rare/précieux, qui jure avec le registre général moins soutenu.
-- Tout ça, hélas, marque une différence sensible avec les meilleurs bouquins anglos (auxquels Martyrs pourrait assez bien se mesurer si n’étaient ces quelques problèmes), en cassant le sentiment de perfection et de maîtrise globale infaillible que peuvent produire des auteurs comme George Martin par exemple. C’est rageant.

Sinon, eh bien c’est de la balle. L’histoire est vraiment efficace, palpitante. Les personnages, y compris les méchants, sont très intéressants et souvent attachants. On a vraiment envie de savoir la suite et de voir ce qui va leur arriver (d’autant qu’il y a pas mal de mystères et de trucs préparés autour de chacun). Le souffle, on se le prend en pleine gueule : que ce soit à travers l’action, les dilemmes des persos, la situation géopolitique complexe et excitante, on est à fond dedans, quoi.
J’ai senti une forte influence du Trône de Fer, dans plusieurs personnages, différents éléments de l’univers, la manière dont les « méchants » sont aussi passionnants et parfois presque aussi attachants que les « gentils », etc. Pas une mauvaise copie, parce que c’est très bien digéré, mais l’influence est manifeste.
J’ai adoré les hommes libres de l’Ouest, leur philosophie/culture, leur cri de guerre (Liran !), leur idéal. Mais j’aime beaucoup aussi les loyalistes, Opimer le « Père Carnage », l’excellente Akinessa la Main Douce, et même le roi Karmalys lui-même.

Pour ne rien gâcher, la fin est assez géniale, avec un twist pas totalement imprévisible mais quand même réjouissant. (C’est très délicat comme équilibre, mais j’aime bien ça, quand on « se doute un peu mais pas trop ».)

Bon, j’oublie sûrement des trucs importants, mais le principal, c’est que c’est un très bon bouquin, qui aurait sans doute pu être un chef-d’œuvre de la fantasy franco, donc au bout du compte un mélange de frustration et de grand plaisir. Mais le plaisir domine :)
Liran !
La carte de l'univers de Martyrs :
http://nsa32.casimages.com/img/2013/02/20/130220011620554052.jpg
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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Lun 20 Jan - 20:57

Je l'ai feuilleté (et acheté !) : cela a l'air vachement bien. Tiendrait-on notre TdF français ? Par contre 700 pages bien tassées, donc ce n'est pas pour tout de suite la lecture hein...

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Marv le Dim 4 Mai - 22:29

"Je suis Huparn Cavall, je suis les milliers d'hommes qui ne ploieront jamais, je suis l'ogre de l'Ouest, je suis la mort et je viens te chercher."  
       extrait de Martyrs d'Olivier Péru


Pour son premier volume du cycle Martyrs, Olivier Péru nous livre certainement l'une des plus belles sorties littéraires fantasy de 2013, ni plus ni moins.
Il y a un peu plus d'un siècle sous le règne de Siegtrie le clément, le Reycorax a conquis toutes les civilisations du continent et ainsi donné corps à un immense royaume connu aujourd'hui sous le nom de Palerkan.
Bien qu'il n'ait jamais vraiment ambitionné cette fonction, karmalys l'actuel souverain règne d'une main de fer et entend bien perpétuer l'héritage de ses ancêtres tout en nourrissant des projets pour étendre un peu plus son influence. Son regard se porte désormais vers la ville d'Alersen le cœur indompté du royaume.

Si jusqu'à présent il a pu maintenir une certaines unité de façade entre les différentes provinces, il semblerait que le temps ne soit plus aux manigances et autres manipulations. A la cour royale karmalys est plus isolé que jamais il ne peut compter que sur quelques soutiens sans failles, au nord les anciens royaumes se rapprochent dangereusement malgré les manœuvres souterraines du roi pour y entretenir des dissensions et plus grave encore à l'ouest l'autorité royale est bafouée par le soulèvement des Liranders mené par un certain Cavall qui menace de faire écrouler l'empire.

Irmine et Hellbrand sont deux frères de sang unis par un sombre passé et porteurs d'un héritage maudit.Ce sont des aserkers, ils font partie d'une poignée de survivants d'un ancien grand peuple ayant jadis été exterminé et aujourd’hui persécuté par les troupes d'élite du roi, les fauconniers.Alersen, la plus grande mégalopole du monde connu est la seule cité quasi autonome du royaume du Palerkan, elle leur offre à la fois le terreau à leur basse besognes tout en leur garantissant une relative confidentialité dans ce qui constitue le dernier ilot de liberté du continent.À ce titre, certaines prérogatives royales ne s'y appliquent pas ce qui leur permet d'y jouir d'un certain anonymat.

Les deux frères vivent dans la clandestinité tout en mettant à profit leurs talents innés d'assassins au service des plus offrants tout en ne reniant pas les principes fondamentaux de la lignée des hommes aux yeux d'or.Quand l'intendant d'Alersen les convoquent pour leur confier la charge de protéger la vie de Kassis, dernière descendante des rois d'Alersen, les frères Lancefall ne se doutent pas un instant qu'ils vont se retrouver plongé au cœur d'une gigantesque intrigue politique qui pourrait bien plonger de nouveau le royaume dans une guerre civile.


Martyrs est un récit monumental où se mêlent plusieurs destinées dans une intrigue foisonnante et complexe. Le travail accompli par Olivier Péru pour donner corps à son monde, son histoire, ses légendes, ses enjeux et ses personnages est remarquable.Le tout est parfaitement chorégraphié et en harmonie avec le fil de l'histoire, jamais on ne ressent de lenteur scénaristique si habituelle à ce type de fresque épique.Le rythme du roman est soutenu, plein de rebondissements, les sous-intrigues se mêlent et ses demelent pour donner plus de dimension encore à une histoire qui ne manque pas de nous surprendre là où parfois on penserait que l'écrivain tomberait dans la facilité.

La forme du roman est finalement très télévisuelle avec un découpage dynamique rappelant incontestablement d'autres grandes fresques anglo-saxonnes, et une intrigue qui évolue de chapitres en chapitres en adoptant le point de vue de différents personnages. En plus d'être charismatique, ces derniers se voient gratifier d'une belle profondeur psychologique et émotionnelle.Les répliques et autres manifestations sociologiques sont également emprunts d'une belle authenticité apportant à chaque confrontation une belle justesse de ton.
Il est évident que M. Olivier Péru a tiré le meilleur de toutes ses différentes expériences professionnelles (télévision et BD comme scénariste et dessinateur), pour combiner le tout dans une œuvre parfaitement maitrisée et très personnelle.
Plus que jamais, Martyrs ressemble à un nouveau né auquel un père aura transmis tout ce qu'il pouvait offrir de meilleur. Ce souci du détail transparaît jusque dans la couverture et autres illustrations intercalaires qui ont également surgi de la plume de l'auteur, ou de son pinceau pour le coup.

Martyrs est un excellent livre de fantasy pour plusieurs raisons, il est tout d'abord extrêmement plaisant à lire avec un style d'écriture à la fois précis, subtil et vif.
L'ambiance générale est plutot sombre et pessimiste, le titre du roman annonce la couleur de toute façon.L'histoire est captivante, l'intrigue est dense sans être assommante et l'intensité dramatique va crescendo vers un final qui surprend et fait mal.D’ailleurs je me suis surpris en terminant le livre à vérifier s'il s'agissait bien d'un premier tome de cycle.

Martyrs est donc un livre qui pourrait se suffire à lui même, et bien qu'il vous donne envie de parcourir ses suites, il ne vous laisse pas pour autant sur la faim.
Une réussite.
http://avalonfantasyforum.bbfr.net/t546-martyrs-livre-i-de-olivier-peru

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Mar 5 Aoû - 16:25

le tome 2 sort à la fin de ce mois d'août

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Marv le Mar 5 Aoû - 20:35

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Ven 8 Aoû - 10:52

Fini le tome 1. Moins bien que je me l'était imaginé, mais bien quand bien. D'ailleurs les 100 dernières pages m'ont bien emballé après le faux rythme à la Robin Hobb.
J'ai eu le malheur de jeter aux avis de blasés d'en face par curiosité... L'enragé qui dépeint Martyrs comme un roman de High Fantasy cliché m'a bien fait marrer !!! Où sont les elfes, nains, orcs, magiciens, nécromanciens, prophéties et autres épées magiques, éléments caractéristiques de ce courant fantasy ??? il ne connaît même pas le B.A. BA et se pose en spécialiste et donne des leçons. mdr

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Derfel le Ven 8 Aoû - 14:34

Albéric a écrit:
D'ailleurs les 100 dernières pages m'ont bien emballé après le faux rythme à la Robin Hobb.
Ouais, mais les 600 premières pages ???

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Ven 8 Aoû - 22:30

Derfel a écrit:
Albéric a écrit:
D'ailleurs les 100 dernières pages m'ont bien emballé après le faux rythme à la Robin Hobb.
Ouais, mais les 600 premières pages ???
Trop poche de Robin Hobb pour que je puisse surkiffer.
Mais cela reste indéniablement bien fichu.
Le compte rendu arrive très bientôt...

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Sam 9 Aoû - 11:39

Sitôt dit, sitôt fait...  



Martyrs c’est plus de la fantasy à intrigues que de la fantasy à action, c’est plus de la low fantasy que de la high fantasy, mais Martyrs n’est pas le Trône de fer français. Fin du rêve. Mais cela reste un bon récit de fantasy qui boxe dans la catégorie juste en dessous avec les ouvrages de John Marco, de David B. Coe ou d’Anthony Ryan
Le 1er chapitre pose tout de suite l’ambiance : nous suivons un jeune assassin, issue d’une longue lignée d’assassins, en train de terminer sa mission contractée auprès d’un paysan voulant venger sa parenté violentée par des spadassins sans foi ni loi. Dans une cité en ruine envahie par les fantômes, Oliver Péru nous présente sa Marche des Spectres, concept bien introduit dans une scène quasiment tirée du Mirrors du frenchie Alexandre Aja, mais pas tant exploité que cela… Et puis dommage ne pas être davantage allé vers un Lone Wolf & Cub fantasy. Fin du rêve x2…

La parenté avec GRR Martin se sent dans l’inversion des valeurs : vilenies et bassesses sont ici monnaies courantes chez les belles gens (comme IRL finalement ?), et les méchants qui sont l’exception dans le cape et d’épée hollywoodien sont ici la norme (comme IRL finalement ?). Fatalement, le vice devient vertu et la vertu dévient vice. Ici le roi est un monstre, son champion est un boucher, les seigneurs sont des pervers narcissiques et les preux chevaliers sont au mieux des bellâtres imbus d’eux-mêmes… Mais comme chez GRR Martin, on adore tellement les détester qu’à la fin on finit par les prendre en sympathie. ^^
Ici un POV très important est consacré à Karmalys Charvadys, Reycorax de Palerkan, c’est-à-dire le roi du monde, qui est un couard boulimique qui n’a jamais voulu être le récipiendaire de la couronne ultime. Il se réfugie dans les plaisirs de la chair pour oublier les complots sans fin qu’il met au point pour que la paix perdure dans son immense royaume. Mais non seulement il se déteste, manque d’estime de soi oblige, mais en plus il s’ennuie plus que gravement, voire est carrément dépressif... C’est avec une révolte occidentale qu’il retrouve enfin le goût de vivre. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Shérif de Nottingham du film La Rose et la flèche de Richard Lester : clairement en dépression à force d’être entouré de crétins finis, il va jusqu’à favoriser une énième révolte de Robin des Bois pour tromper son ennui, et qui sait avoir enfin un adversaire à sa mesure ?
Question bad guy, un autre POV est consacré à Opimer Coradlance, le chef des Faucons Blancs, qui est presque un antihéros à la David Gemmell. Le Père Carnage aurait pu être dans un autre livre un good guy, le paysan révolté ayant assassiné le noble crevard qui avait provoqué le déshonneur et le trépas de sa sœur bien aimée. Au lieu de cela, il est devenu l’exécuteur des basses œuvres d’un souverain à qui il voue une fidélité sans borne. Souverain qui voit en lui l’homme de devoir qu’il aurait aimé être… Grâce au maître et son serviteur le plus dévoué on découvre le reste de la cour : la sœur aînée du roi, Akinessa la Main Douce, Irtbert l’éminence grise, les généraux Allesky et Lystin…

Celui par qui le chaos arrive est le chef rebelle Huparn Cavall, qui lui aussi semble sortir tout droit d’un roman de David Gemmell, tant ses Liranders ressemblent aux Highlanders de La Reine faucon ou de Rigante (qui eux-mêmes sortaient des romans de Walter Scott qui eux-mêmes sortaient des heures belles ou sombres de l’histoire des Îles Britanniques). Ces habitants des îles du couchant ont du sang celte dans les veines, c’est clair ! Dommage que cela soit le POV le moins présent et le moins régulier, mais cet alter ego de William Wallace chef possède aussi un petit côté héros d’anime très plaisant.
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Et encore une fois avec cette rébellion on est loin de l’héroïc fantasy traditionnelle : complots et intrigues certes, mais aussi chantage, torture, enlèvements, assassinats, infiltrations, exfiltrations, guerre de propagande et guerre psychologique… Cela m’étonne que personne n’ait songé auparavant à développer les thèmes du terrorisme et du contre terrorisme chers aux techno-thrillers. Car ici la stratégie de Karmalys ressemblerait presque à une War Against Terror, les représailles répondant aux attentats et vice-versa, jusqu’à l’inévitable recours aux Armes de Destruction Massives. Par moment, j’ai un peu eu l’impression d’un 24h au ralenti…^^
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Mais finalement tout est raconté à travers les yeux de deux jeunes assassins, depuis longtemps orphelins : Helbrand et Irmine Lancefall. Dans leurs relations les frères aserkers ressemblent à Dean et à Sam de la série Supernatural : les frères Winchester forever !
Mystérieux borgne semblant connaître les voies du destin, orphelins abandonnés dans une profonde forêt, fin du monde annoncée, berserkers… Il n’est pas difficile de comprendre que l’auteur a pioché avec joie dans la geste des Niebelungen !
Ils sont engagés par Rol Guyarson, l’Intendant de la plus grande ville du monde pour être les gardes du corps de sa protégée, Kassis la Dame des Ronces dont la famille est assignée à résidence depuis la fin de la Guerre d’Unification. Très fleure bleue est la romance entre le jeune assassin de 17 ans et la jeune princesse de 16 ans. Les premiers émois retranscrits en mots, ce n’est pas mon truc, alors je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux aux ciels devant les étranges émotions jamais ressenties auparavant et autres floraison de sentiments nouveaux, mais quand c’est plutôt bien fait pourquoi rager hein ? ^^
Kassis Yrasen est d’ailleurs un personnage féminin plutôt attachant et émouvant, loin des têtes à claques de la fantasy romantique dont je tairais charitablement les noms…

Niveau univers, l’auteur arrive sans peine à brosser un tableau et à installer une ambiance en quelques lignes, pourtant je reste sur ma faim car j’espère que les tomes suivants nous ferons visiter les Cités Pâles, les Îles de l’Ouest, les Forêts Suspendues, les Sables Noirs ou l’Île aux Requins… En effet dans ce tome 1, l’action se déroule essentiellement dans la ville d’Alerssen surnommée La Marchande. La suspension d’incrédulité est requise avec cette population de 11 millions d’habitant, chiffre hautement improbable dans un univers médiéval fantastique. Rome avec le tout le bassin méditerranéen pour arrière-pays dépassait difficilement le million d’âmes… Mais qu’importe puisque qu’avec sa Couronne, son fleuve traversier, ses catacombes et sa butte Montmartre on est dans l’allégorie de Paname.
Autour du corbeau royal qui remplace l’aigle impérial, on retrouve un souverain digne des empereurs romains avec leurs légions et leurs gardes prétoriens. A ce jeu là, Karmalys l’obèse reprend un peu le rôle de Claude le boiteux, Akinessa celui de Drusilla, Kallersen celui de Caligula et leur père Elkriten celui de Tibère. Mieux, la chute des Arserkers de l’Île de la Flèche repend celle des druides de l’Île de Mon, et après la disparition de leurs savoirs mystiques on assiste à une opposition entre la religion traditionnelle polythéiste (ceux-qui-tissent) et une nouvelle religion monothéiste (les Écritures) dont les prophéties contenues dans son livre sacré parlent d’au-delà et de fin du monde… Bref tous les ingrédients du peplum sont transposés dans un monde médiéval fantastique de bon aloi !
Et je crois bien que Druides du même auteur et Martyrs se déroulent dans le même univers : les 2 cartes s’emboîtent trop bien et on fait mention ici du royaume de Sonrygar qui appartient au worlbuilding de Druides… A bons entendeurs salut !

Niveau style le vocabulaire est plus recherché qu’à l’accoutumée sans être alambiqué, cela fait donc plaisir de retrouver des termes tels que « gougnafiers », « sagouins » et autres « maroufles »… ^^ Mais si tout est bien construit avec une écriture télévisuelle où un chapitre = 1 épisode avec 1 titre qui annonce la couleur, on est assez souvent dans le faux rythme. La faute à la prose qui fait la part belle à la réflexion, à l’introspection, à l’émotion voire aux sensations par moments. On est plus ou moins dans la Fantasy à la Robin Hobb alias Megan Lindholm, et à ce jeu-là les dialogues, sans être moyens, sont un peu le parent pauvre de l’ensemble. Le roman aurait sans doute gagné à être allégé de 200 pages sans que l’histoire ou l’ambiance en pâtissent, mais cela ne gênera pas les habitués des gros pavés loin s’en faut ! Par contre si vous n’avez aucun atome crochu avec l’auteure américaine, il y a peu de chance que ce roman français vous séduise réellement…
Les 100 dernières pages tirent clairement l’œuvre vers le haut : le rythme s’accélère, les tragédies s’enchaînent et les twists redistribuent carrément toutes les cartes. Le tome 2, qui sort fin août 2014, fait d’ores et déjà très envie ! blink
Les révélations finales, peut-être déjà vu ailleurs, sont ici presque inédites en Fantasy donc enjoy. blink
Mais peut-être qu’un lecteur très expérimenté pourrait trop facilement déceler les moyens utilisés par l’auteur pour emmener les lecteurs là ou il veut les voir arriver. D’un autre côté difficile de tout anticiper, donc on imaginera sans peine que le tome 2 répondra au foreshadowing tissé autour de l’Aserker borgne, d’Allena, des Ecritures, ou du Roi Silence…
Et puis merde, je ne résiste pas à la tentation : ATTENTION SPOILER
:
Va-t-on tout droit vers un Dr Who fantasy avec voyages dans le temps et paradoxes temporels à la clé ?

Pour ne rien gâcher, le livre objet est réussi et bon marché, merci aux éditions J’ai Lu, l’auteur ayant élaboré l’illustration de couverture, les illustrations intérieures et les cartes de Palerkan et d’Alerssen, merci à Oliver Péru. En piochant dans les autres genres, dans les univers des animes et dans les univers des séries télé on apporte ici de la fraîcheur à la fantasy française parfois pas aidée par certains auteurs nombrilistes et certains prescripteurs d’opinion élitistes.
On s’est clairement posé les bonnes questions, à savoir quelle histoire raconter, comment la raconter mais surtout comment la rendre accessible au plus grand nombre. Car la qualité première de ce roman est peut-être son accessibilité. Donc on laissera les rageux habituels s’enfoncer tout seuls en parlant de clichés insupportables, de naïvetés confondantes, de prévisibilités ridicules, d’ennui profond et autres fadaises habituelles…


Dernière édition par Albéric le Ven 15 Aoû - 15:54, édité 1 fois

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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Marv le Sam 9 Aoû - 16:57

Pour ma part il fait vraiment parti de mes coups de cœurs de 2013 et je le classe un cran au dessus des premiers tomes de haut royaume et de la voie de la colère.
J'ai aimé toutes ces histoires dans l'Histoire, et  je trouve qu'en un premier bouquin Olivier Peru a déjà bien œuvré au background de son monde, et avec deux cents pages de moins on y aurait gagné certainement en rythme, mais perdu en profondeur.
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White Square Re: Olivier Peru, Martyrs

Message par Albéric le Ven 15 Aoû - 15:56

Marv a écrit:Pour ma part il fait vraiment parti de mes coups de cœurs de 2013 et je le classe un cran au dessus des premiers tomes de haut royaume et de la voie de la colère.
J'ai aimé toutes ces histoires dans l'Histoire, et  je trouve qu'en un premier bouquin Olivier Peru a déjà bien œuvré au background de son monde, et avec deux cents pages de moins on y aurait gagné certainement en rythme, mais perdu en profondeur.
En ce moment, on a des auteurs fantasy qui essayent vraiment de réconcilier les fans d'action et les fans d'émotion : il faut les encourager dans leur voie.

sinon addentum à la chronique :
Autour du corbeau royal qui remplace l’aigle impérial, on retrouve un souverain digne des empereurs romains avec leurs légions et leurs gardes prétoriens. A ce jeu là, Karmalys l’obèse reprend un peu le rôle de Claude le boîteux, Akinessa celui de Drusilla, Kallersen celui de Caligula et leur père Elkriten celui de Tibère. Mieux, la chute des Arserkers de l’Île de la Flèche repend celle des druides de l’Île de Mon, et après la disparition de leurs savoirs mystiques on assiste à une opposition entre la religion traditionnelle polythéiste (ceux-qui-tissent) et une nouvelle religion monothéiste (les Écritures) dont les prophéties contenues dans son livre sacré parlent d’au-delà et de fin du monde… Bref tous les ingrédients du peplum sont transposés dans un monde médiéval fantastique de bon aloi !

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