David Gemmell
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Brandon Sanderson, Warbreaker

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White Square Brandon Sanderson, Warbreaker

Message par Albéric le Mer 24 Avr - 21:15


Résumé :
La princesse d'Idris, Vivenna, est contrainte de se marier au dieu-roi régnant sur le royaume adverse, Hellandren. Mais sa c'est soeur Siri qui se sacrifie à sa place. Or une guerre se prépare entre les deux territoires...


Après la grande déception que fut pour moi L’Alliage de Justice (affublé d'une critique dithyrambique et d'un fort joli 8/10 chez ten.nikable), c'est assez réticent que je me suis lancé dans ce Warbreaker (lui aussi affublé d'une critique dithyrambique et d'un joli 8/10 chez ten.nikable).
J'ai mis du temps à me prendre au jeu, mais ce simili-remake de l'Empire Ultime était un page-turner agréable.


« Un roman à couper le souffle ! » le burb de Michael Moorcock est à double tranchant, car comme le concept du Souffle est au cœur du roman, il peut être interprété comme un compliment ou comme une pique.
L'épée noire buveuse d'âme ? Un immanquable gigantesque clin d'œil à la Stormbringer de Michael Moorcock.
C'est vraiment incroyable que certains « connaisseurs » puissent passer à côté de cette parenté !
On aurait pu approfondir cet élément pour aller vers le bien-connu jdr Bloodlust. Oui mais non.

Le prologue est très ambivalent : à un sosie de Kelsier plongé dans une ambiance éminemment Sword et Sorcery, on accole des explications rôlistiques issus d'un quelconque D&D dignes d'un mauvais Feist.
(en remplaçant les mots qui fâchent, on évoque pouvoirs magiques, points d'expérience et montée de niveaux...)
1) l'ambiance Sword & Sorcery on ne retrouve quasiment plus par la suite
2) l'intriguant donc intéressant personnage de Vasher on le reverra très peu
(car il détient toutes les clés de l'intrigue or le roman est programmé pour faire 500/600 pages)
3) les balourdises rôlistiques, elles par contre vont réapparaître de manière épisodique mais lourdingue

Un univers coloré avec ses pluies et maladies tropicales (distrentie = dysenterie, tramaria = malaria), une jungle omniprésente et d'immenses chants de fleurs, d'épices ou de plantes tinctoriales, une hiérarchie sophistiquée de multiples castes sacerdotales au service d'un dieu vivant censément tout-puissant...
On pouvait facilement imaginer une transposition high fantasy des civilisations mésoaméricaines !
Oui mais non car cet univers se résume à une ville et cette ville se résume à un palais.
On retombe trop facilement dans le huis-clos courtisan (voire dans le soap nobiliaire). Fin du rêve.
Chez Brandon Sanderson worlbuilding et background ne servent que des villages de Potemkine pour la formule bien rodée qu'il utilise dans ses livres depuis Elantris : distiller un faux-rythme durant des centaines de pages avant d’assommer ses lecteurs sous une avalanche de twists/whodunits/révélations dans les 75 dernières pages.
Bien des auteurs commencent leurs récits là où s'achèvent ceux du romancier né dans le Nebraska.

Là dessus Brandon Sanderson nous placarde son nouveau système de magie devant amener fun et coolitude.
Mais selon l'expression consacrée, dès que la magie intervient dans le récit on entend rouler les dés...
… Ou plutôt on voit l'auteur MJ consulter les tables de son écran de jeu !
Cela manque de naturel, c'est répétitif et on construit des chapitres ou des pans entiers de l'intrigue là-dessus...
Et en plus toute l'économie des Souffles avec ses dons, ses contre-dons et l'exploitation des masses défavorisées au profit d'une minorité ultrafavorisée fait largement penser aux Dédiés de David Farland (normal Brandon Sanderson a travaillé pour lui comme assistant de cours d'écriture).
C'est vraiment incroyable que certains « connaisseurs » le jugent supérieur à celui du Porteur de Lumière !
En transposant la mythologie prismatique du comic Green Lantern dans un univers de high fantasy, Brent Weeks avait développé un systèmel, plus approfondi et plus réfléchi (et surtout bien plus fun !).
Comme souvent Branderson puise lui-aussi assez largement dans l'univers des comics.
Le concept éminemment visuel des Boucles Royales (les cheveux qui changent de couleur selon l'humeur et qui poussent sur demande), auraient été très fun chez DC ou Marvel, mais ne sert pas à grand-chose dans un roman.

A à la noirceur et aux brumes de Luthadel on passe à la lumière et aux couleurs de T'Telir.
On retrouve une théocratie bureaucratique et une ploutocratie marchande.
On retrouve des masses honteusement exploitées au profit d'une minorité.
Le Roi-Dieu remplace le Seigneur Maître et Vasher pourrait remplacer Kelsier
Spoiler:
attention gros spoiler : et donc par analogie Vivenna = Vin ?
On suit sur 550 pages les aventures des princesses rebelles pucelles Siri et Vivenna, et les sarcasmes du divin Rappelé Chanteflamme le Hardi (personnage très sympa au destin plutôt assez gemmellien) : on nous laisse dans le schwartz concernant les éléments importants de l'intrigue (qui veut la guerre et pourquoi veut-on la guerre ?) pendant la majeure partie du roman tout en nous teasant avec mini complots, mini révoltes, mini investigations qui permettent de faire oublier qu'on flirte dangereusement avec la frontière du tirage à la ligne.
On distille au compte-goutte actions et révélations qui font avancer l'intrigue avant le final, et dès que cela ronronne un peu trop on place 1 rebondissement, 1 twist ou 1 révélation, pour aller de l'avant.
Si vous adhérez à l’histoire contée par Brandon Sanderson, ce n'est pas trop perceptible.
Dans le cas contraire cela peut devenir assez rébarbatif, car on peut en raconter 2 fois plus en 2 fois moins.
Et à ce petit jeu-là, cela peut vite tomber carrément à plat : attention aux vrais faux rebondissements moisis !
Spoiler:
(Vivenna cherche le maître espion de son père à T'Telir et tombe sur 2 mercenaires qu'elle déclare vouloir engager à son service mais ces derniers lui répondent qu'ils sont là pour la tuer... Suspens insoutenable !
On tourne la page et on tombe sur un ridicule « Ah ! Ah ! Ah ! C'était une blague. Humour de mercenaires. »)

Mais tout ceci reste très plaisant car il s'agit d'un gros revival David Eddings ! cheers
C'était déjà perceptible dans la relation Elend / Tindwyl qui ressemblait fortement à la relation Garion / Polgara.
Une théocratie tropicale à la tête d'un empire méridional qui vit du commerce des marchandises exotiques, un nid de prêtres comploteurs et d'esclaves complices ou rebelles au service de fausses divinités ne se rendant pas compte qu'ils sont les dupes aisément remplaçables d'un système qui marche très bien sans eux...
Warbreaker se distingue de L'Empire Ultime en piochant allègrement dans La Reine des sortilèges (1982).
C'est vraiment incroyable que certains « connaisseurs » puissent passer à côté de cette parenté !
- on retrouve le ton, l'humour et les dialogues à la Eddings qui rendent sympa les passages les plus triviaux
- on retrouve les intrigues à la Eddings (mais mieux vaut ne pas développer pour éviter de spoiler)
- on retrouve les personnages à la Eddings : à vous de reconnaître les clones de Silk, Ce'Nedra, Belgarath & cie.
- on retrouve les thématiques à la Eddings : la religion et l'opposition croyance/incroyance, les relations entre pognon et corruption, exploitation et libération des peuples, condition féminine et émancipation des femmes...
Tous les amateurs de David Eddings devraient bien se régaler, mais son style très plaisant avait ses limites : en appuyant sur l'humour et le 2e degré, impossible de développer à fond la tension et le suspens du 1er degré.
Ici le côté épique se prend trop au sérieux pour se laisser séduire par les aspects humoristiques et vice versa.


Toutefois c'est truffé de trucs horripilants pour un lecteur exigent : pourtant l'auteur n'est pas dupe car comme Brent Weeks il qualifie ses propres personnages de pudibonds, de naïfs, de crétins/crétines.
Difficile de ne pas être d'accord avec lui ! C'est presque comme s'il excusait de l'inclusion d'éléments BCF.

C'est pudibond :
- on s'effraie des corsages au-dessous du cou et des jupes au-dessus du genou
- on panique quand un individu de sexe masculin pénètre dans une salle de bain
- on tombe en pâmoison devant les athlètes musclés vêtus seulement de pagnes
- on ressent d'étranges émois devant le torse bombé et velu de son sauveur...
(après avoir passé 2 semaines à moitié nue dans les ghettos mal famés sans se prostituer ni se faire violer)
- quand au whodunit sur la fabrication de l'héritier royal, on frôle le cours d'éducation sexuel mormon
Pardonnez-moi de ne pas trouver hot du tout la romance entre Wendy et Peter-Pan.
Spoiler:
l'ado rebelle pucelle qui tombe éperdument amoureuse du pré-ado attardé de 50 ans...
Brandon Sanderson fait-il de la fantasy romantique déguisée ou inclut-il sciemment ces passages pour attirer et satisfaire un lectorat féminin ? La question est posée.

C'est naïf :
- on fait confiance au 1er venu, on fonce tête baissé, on ne réfléchit pas... cela dégénère et on tombe des nues !
- on pense comme des chevaliers blancs et les réflexions morales ne vont pas plus loin que « OMG c'est mal ! »
- on pense comme des bobos et les réflexions sur la guerre, la paix, la société, la religion... ne vont pas très loin
Et on imagine le narrateur omniscient détourner le regard de la misère sociale et des rares scènes de violence.
Sur le fond on navigue entre jeunesse, young adult et politiquement correct : bref c'est un roman PG-13 !
On parle de défense, d'émancipation et d'élévation du bas-peuple mais les personnages actifs du roman sont tous issus de la noblesse (sauf un qui à l'image de Sazed est très attachant car particulièrement compassionnel).

Ajoutons aussi des répétitions malvenues dans le vocabulaire, dans les expressions et dans les explications qui peuvent se montrer aussi horripilantes que des coquilles, des fautes de français ou des fautes de traduction.
On ne peut pas accuser le travail de Mélanie Fazi auquel le succès de l'auteur en France doit beaucoup.
Et on n'échappe pas à certains stéréotypes :
- noms de lieux avec apostrophes/tréma (cf. le billet de Boulet)
- termes techniques grandiloquents... (comme dans la RdT)

Quant à l'épilogue qui donne envie de poursuivre l'aventure, c'est comme L'Alliage de Justice un FDG :
on en apprend plus en 5 pages que dans le reste du roman et on fait la liste des mystères non résolus (aka les incohérences lostiennes) qui sont présentés comme des secrets qui seront révélés dans les suites éventuelles !
(comme si 550 pages ne suffisaient pas pour faire le tour d'une intrigue et d'un background assez simples)


Un roman très plaisant qui donnera satisfaction à un large public car il a été conçu pour atteindre cet objectif.
De là à le qualifier de nec plus ultra, cela sera sans moi car on est en-dessous de Fils-des-Brumes qui avait bien plus de qualités et bien moins de défauts... De plus, les lacunes récurrentes montrent qu'on n’évolue pas.
On aurait pu avoir de la fantasy militaire basé sur la multiplication des frankenstein…
On aurait pu avoir des conflits géopolitiques autour des ressources tropicales…
On aurait pu creuser la quête d’identité de ces divinités amnésiques…
On aurait pu creuser l’exploitation des masses laborieuses…
… Oui mais non : n’en demandons pas trop à un auteur qui fait preuve d’une grand originalité en copiant David Eddings et en faisant musemuse avec un clone de Stormbringer toute racontant la même intrigue pour la 7e fois.

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Date d'inscription : 16/01/2012

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